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3. On a un nécessairement un parti pris pour les criminels
Euh… non. Ce n’est pas parce que je travaille avec des criminels que je vais défendre leurs intérêts dans toutes les circonstances. Je n’approuve pas Guy Turcotte dans les gestes qu’il a posés et n’ai pas sauté de joie quand le verdict de non-responsabilité criminelle est tombé. Mon travail me permet d’analyser la scène judiciaire avec un oeil différent parce que les délinquants constituent une clientèle avec laquelle je travaille depuis quelques années et que je connais somme toute assez bien. Je connais les caractéristiques de tel type de délinquant, les distorsions cognitives qui peuvent amener certains à adopter tel ou tel comportement, je sais bien cerner les enjeux que comportent un parcours dans le système judiciaire. Ceci dit, ce n’est pas parce que je trouve que certains sont sympathiques que dans n’importe quelle cause judiciaire je vais “prendre pour le criminel”. Le pire c’est que certaines personnes croient ça! Ce serait de mélanger les affaires et aussi très subjectif. C’est sûr que les avocats criminalistes défendent les intérêts de leurs clients, alors il est vrai de dire que durant les procédures judiciaires, ils ont en quelque sorte un parti pris. Sinon, ils ne seraient pas de bons avocats. Cependant, cela ne signifie pas que dans toutes les circonstances ils ne jurent que par les criminels et endossent leur conduite, bien au contraire.
Durant le procès de Claude Larouche, quelqu’un m’avait demandé ce que je pensais de la cause. Je n’ai même pas eu le temps de répondre à la question que la personne m’a dit: “J’imagine que dans ton travail, c’est de prendre un peu pour le criminel. Trouves-tu qu’il fait pitié?”
Si je trouve qu’il fait pitié?? Est-ce que c’est une vraie question?! Comment je pourrais trouver qu’il fait pitié? Agresser sexuellement une femme et l’assassiner ne fait naître chez moi aucun sentiment de pitié, ni quelconque sentiment d’empathie. Qu’on me congédie et m’interne sur-le-champ si c’était le cas! Des actes de la sorte ne devraient JAMAIS exister. Oui, ça m’est déjà arrivé d’éprouver du désolement pour certains clients, mais sans égards à ce qu’ils ont commis. Que ce soit un meurtrier, fraudeur, voleur de banque, je ne peux m’empêcher de trouver ça plate quand un de leur proche décède, quand leurs enfants décident de les renier, quand on leur diagnostique une maladie grave, quand certains meurent subitement.
Mais d’approuver une conduite criminelle, jamais,
La Criminologue
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Tout le monde me l’a demandé. Bien évidemment, par souci de confidentialité, je n’aurais pu dire si ça avait été le cas. Mais bon, je peux dire qu’il ne séjournera pas où je travaille.
Vincent Lacroix, l’ancien PDG de Norbourg et celui que le Québec qualifie d’un des pires fraudeurs de l’histoire, sera libéré le 27 janvier pour actualiser une semi-liberté de type projets communautaires. On apprend ici que la Commission des libérations conditionnelles du Canada a imposé à l’individu de passer au travers une période de six mois pendant laquelle il devra s’adonner à du bénévolat.
Les commissaires de la Commission des libérations conditionnelles du Canada, Pierre Cadieux et Michel Pallascio, ont indiqué dans leur décision, que :
« La Commission est toujours d’avis qu’il est raisonnable et nécessaire que vous concentriez vos efforts sur les projets communautaires afin d’intégrer des valeurs prosociales centrées sur l’altruisme et la contribution à la société. Vous devez appronfondir votre conscience sociale et vous éloigner des valeurs matérialistes »
Je dois dire que je partage leur point de vue. Pour avoir comparu quelques fois devant les deux commissaires, je dois mentionner que j’estime beaucoup leur jugement et leur expérience. Ils sont d’ailleurs généralement bien appréciés des libérés conditionnels, qualifiés de stricts, mais justes.
Donc tout ça dans le but de développer la conscience sociale de Vincent Lacroix, qualité que les fraudeurs doivent généralement travailler en raison du fait qu’ils se soucient peu des conséquences sur autrui de leurs actes, qui eux, s’étendent en général sur une grande masse d’individus.
En quoi consistera le type de libération auquel il aura droit? Plus précisément, il devra, du matin au soir, se rendre dans des ressources en partenariat avec le Service Correctionnel du Canada (maison d’hébergement pour personnes âgées, organisme visant l’intégration par le travail de personnes handicapées et/ou atteintes d’une déficience) et y effectuer des activités du genre: faire le ménage, aider à l’organisation d’activités, promener des personnes âgées en chaise roulante, emballer des ustensiles dans des sacs de plastique. Pour avoir travaillé à la même maison de transition où monsieur Lacroix a séjourné en 2009, je connais bien le fonctionnement de la semi-liberté qu’il actualisera prochainement. Certains libérés conditionnels ne retirent absolument rien des activités de bénévolat. D’autres, graduellement, en viennent à prendre conscience de la misère humaine et du fait que leurs gestes ont des conséquences sur les autres. J’éprouvais beaucoup de plaisir à entendre certains me raconter leur journée, passée en compagnie de personnes âgées sans famille. Parfois ils étaient fiers d’avoir fait la différence pour telle ou telle personne en ayant pris le temps de lui lire un livre, jouer aux poches. D’autres fois, ils trouvaient difficile de composer avec des personnes atteintes de déficience et de faire équipe avec elles dans l’éxécution de leurs tâches. J’ai souvent été témoin de l’inconfort, surtout au début, de leur prise de conscience quant à leurs actes. La clientèle est un bien meilleur professeur et permet d’être en contact direct, à temps plein, avec des gens pour la plupart en difficulté ou démunies. Je ne peux pas dire si Vincent Lacroix effectuera une telle prise de conscience, comme certains qui se fichaient royalement de ne poser ne serait-ce qu’un geste aimable à l’égard de son prochain. Seul l’avenir nous le dira.
Le lieu où sera libéré Lacroix demeure inconnu, mais l’information sera diffusée comme une traînée de poudre quand les gens le reconnaîtront dans la rue.
“En maison de transition, Vincent Lacroix devra vraisemblablement respecter un couvre-feu et ne pourra pas consommer d’alcool dans son nouveau domicile.”
En fait, s’il est libéré où je crois qu’il le sera, Vincent Lacroix sera autorisé à sortir de la maison de transition que pour effectuer du bénévolat. Il bénéficiera aussi de 96 heures de resocialisation par mois, mais seulement auprès de ressources ayant fait l’objet d’une évaluation rigoureuse de la part du Service Correctionnel du Canada. De la manière dont c’est indiqué, j’en comprends que Vincent Lacroix sera assujetti à la condition spéciale de ne pas consommer d’alcool durant toute la période de sa semi-liberté. S’il en est ainsi, c’est que la consommation d’alcool est considérée comme un facteur contributif à la criminalité du justiciable et la Commission des libérations conditionnelles du Canada a jugé nécessaire d’assortir cette condition au certificat de libération sans quoi le risque représenté dans la société serait inacceptable. Mais comme je me souviens pas qu’il ait été mentionné dans les médias que Vincent Lacroix possédait une problématique de consommation d’alcool, je crois que l’auteur de l’article voulait simplement dire qu’il lui serait interdit de consommer de l’alcool en maison de transition. Il me semble que ça va de soi!
Le gouvernement Harper travaille fort à faire adopter un projet de loi rendant plus difficile l’octroi d’une libération conditionnelle au sixième de la peine. Aussi, le projet de loi C-52, déposé le 21 octobre 2009, misant sur la répression de la criminalité à col blanc ainsi que davantage sur la rétribution aux victimes, est un des chevaux de bataille du gouvernement conservateur. Il n’y a pas à dire, le gouvernement Harper n’aura pas chômé côté réforme du code criminel.
Est-ce que Vincent Lacroix se verra réserver le même accueuil qu’il avait reçu en 2009, lors de son premier séjour en maison de transition? Pour vous rafraîchir la mémoire, voici le lien menant à un article de Radio-Canada, où vous pourrez cliquer sur le vidéo pour revoir les images de son arrivée tumultueuse.
La Criminologue
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Jan
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On apprenait aujourd’hui que le procès des cinq co-accusés de Vincent Lacroix a avorté en raison de l’incapacité des jurés de rendre un verdict les concernant. Que les investisseurs floués doivent être déçus, je suis de tout coeur avec eux. Mais également, les accusés serait également déçus, apprenait-on ici. Déçus de peut-être subir un autre procès, de voir leur vie et celle de leur famille bouleversée, déçus de ne pas s’être fait proclamer innocents devant le tribunal.
De plus en plus, les crimes à caractère financier font la manchette, prenons par exemple le scandale des commandites, l’affaire Norbourg, l’affaire Bernard Madoff ou le cas de Earl Jones. Je crois que cette médiatisation a pour effet d’ouvrir les yeux sur ce type de criminalité, qui touche énormément d’individus. Communément appelés les bandits à cravate, les fraudeurs sont maintenant sous les projecteurs. Je suis satisfaite qu’on reconnaisse davantage l’étendue des conséquences négatives des délits de fraude. Bien que certains n’ont perdu que quelques dollars, d’autres, bien moins chanceux, ont vu s’évaporer les économies amassées pendant toute leur vie. Retrouvés devant presque rien, certains doivent retourner sur le marché du travail tandis qu’ils ont économisé pendant plusieurs décennies pour s’offrir une retraite confortable. Je trouve cela bien dommage et j’espère de tout coeur que les victimes de tels crimes obtiendront réparation, même si c’est utopique de penser ainsi. J’ai déjà entendu que les personnes victimes de crimes à caractère financier n’étaient pas de vraies victimes puisque personne ne s’en était pris à elles de manière physique. Elles n’ont peut-être pas été violées, battues ou meurtries, les conséquences de ce genre de délit ne sont pas perceptibles de l’extérieur. Mais les sentiments de détresse, de désespoir et de colère qu’elles peuvent ressentir de s’être fait flouer sont, je vous l’assure, malheureusement bien présents et ne s’estomperont sans doute jamais complètement.
La Criminologue
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