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Jan
18
La Criminologue

Depuis peu, une nouvelle série est diffusée sur les ondes d’AddikTV, L’école du crime. Voici la brève description que l’on retrouve sur le site Internet d’AddikTV concernant la série-documentaire:

«L’école du crime» nous propose de vivre des enquêtes vues à travers le regard de 6 étudiants qui étudient en criminologie dans l’une des plus prestigieuses écoles du monde en la matière, l’Université de Montréal.

J’étais enthousiaste à l’idée qu’une série télévisée porte sur l’École de criminologie de l’Université de Montréal, j’attendais donc avec impatience le premier épisode. Au terme de l’émission, j’étais un peu perplexe. En fait, j’ai trouvé génial de partager sur l’univers de la criminologie, mais j’ai trouvé que par moment, on donnait un peu trop dans le sensationnalisme. Deux citations savoureuses ont d’ailleurs attiré mon attention, que voici approximativement:

“Déboussolé par le départ de son frère  [en appartement], Maxime se réfugie dans les concours de danse”.

“Avec un meilleur moral et une nouvelle coupe de cheveux réalisée par sa colocataire, Marine est prête à affronter à nouveau le monde sordide du crime”.

Même mon conjoint m’a dit, les yeux pétillants: “Je ne pensais que ton métier était si palpitant!”. Oui, mon métier me passionne, mais ce n’est pas comme dans les films et ce n’est pas romancé non plus. Comme je le répète sans cesse: ce n’est pas comme dans le film Le silence des agneaux, ni comme dans la série Fortier. J’ai eu l’impression que la façon dont les programmes de Criminologie et de Sécurité et études policières étaient présenté, cela avait un petit côté tape à l’oeil. Je prêche évidemment pour ma paroisse et que j’encourage les gens à se diriger dans ce domaine passionnant. Seulement, je crains que certains se forgent une idée erronée des programmes susmentionnés et s’y inscrivent pour être quotidiennement dans l’action et vivre des émotions fortes comme dans les séries policières. Des émotions fortes, oui nous en vivons, mais pas tous les jours de l’année! Et je ne vais pas non plus travailler le matin en me répétant que je vais combattre le “monde sordide du crime”. Oui, par les actions que je pose, j’ose espérer que j’aiderai quelqu’un à demeurer loin du milieu interlope et que contribue à protéger la société. Toutefois, je ne revêt pas mon costume de superhéroïne en lycra avant d’aller travailler le matin. De toute manière, rappelez-vous que je viens d’accoucher, vous ne voulez pas être aux prises avec cette vision d’horreur..!

Coup de chapeau à Maxime, en raison notamment de son travail de recherche auprès des victimes d’actes criminels. Dans le premier épisode, il était appelé à intervenir auprès d’une dame victime de violence conjugale et il était fort mal à l’aise de la questionner quant à la possibilité qu’elle soit aussi victime de violence sexuelle. Je me suis surprise à lui suggérer, à voix haute, des trucs pour qu’il aille au bout de sa question. Que voulez-vous, les fans de hockey vont crier des encouragements ou des insultes dans leur salon, moi c’est plutôt des pistes d’intervention. Mais rassurez-vous, je crie aussi dans mon salon quand j’écoute un match du Canadien. Le plus souvent, ces temps-ci, ce sont des insultes par contre..!

Dernière chose, je vous suggère de consulter les clips web exclusifs de l’épisode 1, où Jean Proulx, le directeur de l’École de criminologie, explique notamment dans quels domaines peuvent travailler les criminologues. Très intéressant. De toute manière, quand Jean Proulx explique quelque chose, c’est toujours intéressant. Je me souviens d’un cours qu’il m’a enseignée: Personnalité criminelle. C’était captivant du début à la fin et en plus, jamais il n’avait besoin de notes manuscrites, cet homme est une vraie encyclopédie.

Et vous, qu’avez-vous pensé de la série L’école du crime jusqu’à maintenant?

La Criminologue

 

La Criminologue
16:51
 
Aug
23
La Criminologue

Les gens me demandent parfois si je rencontrais un client actuel ou un ancien client dans la rue: est-ce que j’aurais peur?

Au début, je croyais que c’était parce que les gens connaissaient mal mon travail qu’ils me posaient cette question. Et n’ayant pratiquement pas d’expérience, je répondais invariablement par la négative. Il me semble que j’étais tellement pleine de bonnes intentions que tout le monde allait inmanquablement m’aimer, non?

Que j’étais naïve! Par chance, je suis redescendue sur la planète terre rapidement, j’aurais été constamment déçue autrement. Il ne faut pas faire ce métier pour être apprécié, aimé ou reconnu. Trop d’intervenants sortent de leur cadre professionnel ou s’investissent trop personnellement pour ces raisons. Oui, c’est un plus si notre client nous apprécie et vice versa, ça favorise la création du le lien thérapeutique. Mais des passes-droit ou se fermer les yeux sur certains aspects simplement pour continuer à se faire aimer, c’est inacceptable. Et là je ne parle pas d’une petite chance comme “Oui tu es en retard pour notre entretien sans m’avoir avisée au préalable, je laisse passer pour cette fois-ci, mais la prochaine fois il y aura des conséquences”, mais bien de fermer les yeux sur un bris de condition, une augmentation du risque pour le public, une récidive. Si un intervenant en est rendu là, soit il a un besoin malsain de se faire aimer, soit son client est un fin manipulateur pour en avoir fait une telle marionnette.

Pour ma part, je trouve important de développer une alliance thérapeutique avec mes clients. Oui, ça prend du temps à créer un lien et c’est plus facile dans certains cas que dans d’autres. Je suis d’avis que ça prend des efforts des deux côtés et qu’il faut laisser la chance aux deux parties de s’adapter. Mais au bout du compte, ce que je demande, ce n’est pas de m’aimer, de me trouver cool ou qu’on me dise que je suis celle qui les a réconciliés avec la vie. Non, je ne demande que le respect. Ce serait prétentieux de toute manière de penser qu’on puisse avoir un si grand impact dans la vie d’autrui. Certains aiment penser qu’ils ont sauvé leur client, moi j’aime mieux dire que je les ai bien accompagnés pour qu’ils s’aident eux-mêmes. Je vais toujours traiter l’autre ainsi et respecter où il est rendu dans son cheminement. Je donne l’heure juste et je souligne tant les bons que les moins coups. Je suis transparente et il n’y a pas de surprise avec moi. Cependant, je ne m’empêcherai pas d’appliquer les mesures nécessaires à la gestion du risque parce que mon mandat premier n’est pas de me faire aimer, mais d’assurer la protection du public.

Bien évidemment, il a des clients qui n’ont pas du tout apprécié certaines décisions prises dans leur dossier. Mais au fond d’eux, ils savent un peu qu’elles n’ont pas été SI exagérées. Certains reconnaissent que c’est  entièrement de leur faute s’ils sont retournés derrière les barreaux, d’autres nous accusent d’avoir été trop sévères.

C’est sûr que ma face ne revient pas à certains tandis que d’autres n’auraient pas voulu une autre intervenante. Même si je tâche d’être respectueuse et authentique, il se peut que certains me vouent une haine insoupçonnée, qui sait. Mais jusqu’à présent, je n’ai pas expérimenté d’expériences de représailles ou de menaces, contrairement à certains confrères. Ce qui est soit dit en passant un phénomène somme toute assez rare.

Il m’arrive à l’occasion de rencontrer des clients sur la rue ou tout autre endroit public. Si je reconnais l’individu, je ne vais généralement pas vers lui par respect pour sa vie privée. On me l’a déjà reproché par le passé, mais quand j’explique que c’est par respect et non en raison d’une attitude de je-m’en-foutisme, je suis pardonnée. D’autres préfèrent faire comme si de rien n’était et c’est bien correct aussi. Certains aiment nous dire fièrement qu’ils nous ont vus, mais qu’ils se sont bien gardés de nous saluer parce qu’ils n’en avaient pas envie. Je les soupçonne d’être un peu déçus de constater que ça ne nous fait ni chaud ni froid, au fond. Des fois, j’entends crier mon nom venant de nulle part et je vois alors un ancien client venir à ma rencontre, tout sourire. Je prends à chaque fois le temps de m’assurer que lui et ses proches se portent bien. On passe parfois plusieurs années à être l’intervenant d’un client, sans avoir développé de l’amitié, c’est normal d’être cordial si on se revoit par hasard dans un autre contexte.

On exerce un métier plus à risque que certains, mais je crois qu’en demeurant respectueux, transparent et intègre, on peut marcher la tête haute et regarder les gens dans les yeux quand nos chemins se croisent.

La Criminologue

La Criminologue
21:59
 
Mar
21
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Cette semaine, je donnerai une entrevue à madame Isabelle Gagné, co-auteure du blogue Qui sont ces criminels?, relativement à mes tâches de surveillance de libertés sous condition dans un contexte de maison de transition. Étant une citoyenne qui ne baigne pas dans le système judiciaire, madame Gagné désire savoir exactement en quoi consister ce métier et surtout, ce qu’on fait exactement pour protéger monsieur/madame tout le monde.

Outre de surveiller les libérés conditionnels et de travailler avec eux à ce qu’ils ne récidivent pas, j’aimerais vous demander ce que vous attendez de nous, les agents de libération /probation/surveillance?

La Criminologue

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22:22
 
Dec
12
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Cette semaine, à la banque, mon nouveau comptable vraiment drabe me demandait ce que je faisais dans la vie, ce à quoi j’ai répondu que j’étais criminologue, mais plus précisément agente de surveillance. Avec le ton monotone qu’il a adopté tout au long de notre interminable entretien de trente minutes (en compagnie d’un comptable drabe monotone habillé en beige, c’était in-ter-mi-nable), il m’a dit ceci:

- “Alors vous observez.”

-”Oui, c’est ça, j’observe.”

-”Vous observez l’intérieur de l’esprit des criminels.”

-”Si on veut, oui. En fait on gère le risque que les libérés conditionnels représentent dans la société et on les soutient dans leur réinsertion sociale.”

-”Hum.” Marmonna-t-il avec son ton toujours aussi ennuyant. Pensant me poser une question de l’envergure de la très célèbre Être ou ne pas être?, il me demanda: “On confond tout le temps le criminel et le criminologue, qu’en pensez-vous?”

-”En fait c’est la première fois qu’on me soulève la question. Mais je répondrais que ça serait comme confondre le psychopathe et le psychiatre; c’est assez.. particulier. Il me semble évident que l’un étudie l’autre, la différence entre les deux m’apparait claire.”

Visiblement, j’avais réduit à néant notre “conversation”. Je parie que pour se vanger, il a orienté mon choix de placements vers des produits qui ne vont me rapporter que des peanuts!

La Criminologue

La Criminologue
1:01
 
May
21
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Ici!

Wow! Je suis flattée de cet article écrit par Josianne Massé du Blogue techno Blogosphère.

Merci!!

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22:56
 
May
10
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Dans un premier temps, je tenais à traiter une seconde fois des victimes d’actes criminels. C’est en effet un lecteur, Le Victimologue, qui m’a amenée sur cette piste en me demandant de commenter cette vidéo:

http://www.cavac.qc.ca/regions/mauricie/victime_compte.html

J’avais déjà rédigé un article sur les victimes d’actes criminels, où je dénonçais la croyance populaire voulant que les criminologues soient beaucoup moins sensibles aux besoins des victimes qu’à ceux des délinquants. Il est vrai qu’un intérêt est davantage porté sur la clientèle délinquante, mais il n’en demeure pas moins que les victimes d’actes criminels occupent une place importante pour nous. Je dénonçais également le fait que les victimes d’actes criminels n’ont pas la reconnaissance qu’elles devraient avoir dans le système pénal et saluais les acquis considérables qu’elles ont fait ces dernières années. Cependant, je trouve important de mentionner à nouveau qu’il y a encore énormément de chemin à faire à cet égard.

Le vidéo que m’a partagé le Victimologue dresse un portrait des divers professionnels intervenants auprès des victimes d’actes criminels et souligne l’importance de leur apporter tout le soutien nécessaire suite à l’acte criminel dont elles ont été victimes. C’est grâce à toute l’aide qui leur est offerte, de la part notamment des Centre d’aides aux victimes d’actes criminels (C.A.V.A.C.), jumelée à leur force intérieure, que les victimes d’actes criminels retrouvent leur qualité de vie.

Dans mon travail d’agente de relations humaines au centre jeunesse, je travaille davantage avec les victimes, de toutes petites victimes. C’est un aspect que j’apprécie beaucoup puisque j’ai la satisfaction d’aider directement des personnes à surmonter les épreuves qu’elles ont vécues, de même qu’à mettre en place un mode de vie, qui de par sa structure, préviendra autant que possible la récurrence de la maltraitance. Ce n’est pas gagné d’avance et cela nécessite beaucoup d’efforts de la part de plusieurs professionnels et des membres de l’entourage des enfants. Néanmoins, je crois que c’est une noble cause et je m’y consacre pleinement.

Il est important de soutenir la cause des victimes d’actes criminels parce que derrière la majorité des crimes commis, il y a une ou plusieurs victimes qui en subissent les conséquences.

En terminant, j’aimerais souligner le vingtième anniversaire du C.A.V.A.C. de la Mauricie.

La Criminologue

***

Je vous invite à faire appel aux services des Centres d’aide aux victimes d’actes criminels (C.A.V.A.C.), qui sont gratuits et confidentiels, peu importe que l’auteur du crime soit connu, poursuivi et/ou condamné. Plus précisément, ils offrent des services d’accompagnement, d’intervention (post-traumatique, psychosociale et judiciaire), de renseignements sur les recours et les droits et l’orientation vers les services adaptés. Qui plus est, les victimes d’actes criminels peuvent recevoir des indemnisations, dépendament de leur situation. Pour ce faire, je vous invite à consulter le site Internet de l’Indemnisation des victimes d’actes criminels (I.V.A.C.), on y trouve même les formulaires pour effectuer une demande de prestations.
La Criminologue
18:36
 
Apr
25
La Criminologue

Il y a près 2 ans de ça, j’ai accompagné une amie à moi dans sa famille en région pour le week-end.  Nous avons passé la soirée chez son cousin autour d’un feu de foyer, c’était vraiment super.  À un moment donné, il nous demande de venir voir dans son jardin, où on constate qu’il a deux petits plants de marijuana.  Mon amie, saisie, dit à son cousin : ”(insérez mon nom) est criminologue en passant..”.  Alors là le type était dans tous ses états et m’a dit pour sa défense: ”Mais c’est pas pour ma consommation personnelle, j’aimerais les vendre pour pouvoir payer les réparations sur mon 4 roues.”

Ben voyons donc, c’est pire!!!!  On était loin du gros trafic de stupéfiants, mais il s’est tout de même débarassé de ses plants en les balançant, à contrecoeur, dans le feu quand je l’ai informé de ce qu’il pouvait écoper..

La Criminologue

La Criminologue
10:13
 
Mar
3
La Criminologue

Suite à la récente nomination au poste de sénateur de monsieur Pierre-Hugues Boisvenu, père de Julie Boisvenu, assassinée en 2002, et  fondateur et ancien président de l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues, je me suis souvenue d’un article qu’il avait rédigé l’an dernier au terme du procès de l’assassin de Mme Nancy Michaud.  On retrouve d’ailleurs l’article ici. Le titre, fracassant.  La justice ment se voulait la dénonciation du fantasme de réhabilitation, que monsieur Boisvenu accuse notre système judiciaire de cultiver envers les délinquants.  Il dénonce également le fait qu’au Canada, il y aurait une justice et une apparence de justice.

L’objectif de mon article n’est pas d’endosser ou non les propos de monsieur Boisvenu.  Je désire simplement y apporter quelques nuances et explications puisque les gens forgent habituellement leur opinion quant à notre système judiciaire à l’aide des informations véhiculées dans les médias.  Je ne prétends pas détenir la vérité, mais j’aimerais leur fournir le plus d’informations possible, celles qui ne sont généralement pas diffusées au téléjournal de 22h00.

Dans une première mesure, voici la première citation du texte d’opinion de monsieur Boisvenu ayant attiré mon attention :

«Toute la formation des criminologues dans les universités canadiennes et québécoises a été contaminée par le fantasme de la réhabilitation. Punir est mal, comprendre est bien et réhabiliter est l’antithèse de l’incarcération.»

J’aimerais mentionner qu’en tant que criminologue, je n’estime pas que l’on nous ait présenté la réhabilitation en que fantasme durant nos études.  C’est un concept en lequel la majorité de mes confrères et moi croyons, mais nous sommes conscients que le potentiel de réinsertion sociale varie d’un délinquant à l’autre.  J’irais même jusqu’à dire qu’il est quasi nul pour certains d’entre eux.  Nous n’avons qu’à penser aux individus détenus à l’Unité spéciale de détention, mesure d’exception et de dernier recours, destinée à héberger les détenus qui ne peuvent intégrer un pénitencier à sécurité maximale pour des raisons de sécurité.  Dans une seconde mesure, je tiens à préciser que nous n’avons pas appris que punir est mal.  Une sentence doit avoir un aspect punitif, c’est logique.  Cependant, la philosophie qu’on nous a enseignée, et en laquelle la plupart croit, est le fait qu’il vaut mieux miser sur la réhabilitation des détenus.  En considérant qu’ils proviennent de la collectivité et qu’ils y retourneront au terme de leur incarcération, il a été prouvé, notamment dans le Mémoire du Barreau du Québec sur l’examen de la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition (1999), que «la mise en liberté graduelle des délinquants selon un processus contrôlé de réadaptation et de réinsertion est la meilleure façon d’assurer la sécurité du public et la gestion de chaque délinquant».  Au terme de la sentence, les facteurs ayant menés à l’agir délictuel devraient avoir été suffisamment travaillés et neutralisés pour éviter une récidive.  Pour certains ça fonctionne très bien, mais pour d’autres beaucoup moins.  Par exemple, dans le cas de certains individus, les délinquants sexuels violents à risque élevé de récidive par exemple, on imposera une ordonnance de surveillance de longue durée, où ils devront être surveillés dans la communauté pendant une période maximale de 10 ans après l’expiration de leur sentence.  Est-ce que cela évitera assurément une récidive? Non, même avec une surveillance intensive où le couvre-feu en maison de transition est fixé à 14h00 pour un pédophile (avant que l’école finisse), il pourrait trouver le moyen d’abuser sexuellement d’un enfant à un autre moment de la journée.  C’est là que l’expertise des agents de libération conditionnelle est primordiale: prévenir et voir venir tout indice de désorganisation et d’intervenir avant qu’une récidive survienne.

Voici une autre citation percutante de monsieur Boisvenu :

«Selon [les criminologues], seule la communauté peut réhabiliter un criminel. On a donc réduit les sentences au sixième de la peine, on a imposé des sentences dans la collectivité, des sentences avec sursis, on a compté le temps présentenciel en double, on a privilégié les sentences concurrentes… bref, le criminel est devenu la victime dans ce système de valeur. Cette tendance à victimiser les criminels parce que la justice leur a imposé de lourdes peines d’incarcération a connu son paroxysme dans nos systèmes canadien et québécois des libérations conditionnelles.»

En fait, la seule personne pouvant faire en sorte qu’un délinquant se réinsère adéquatement dans la collectivité est lui-même.  Bien sûr, une gamme de spécialistes l’aidera à neutraliser ses facteurs criminogènes afin qu’il demeure un citoyen respectueux des lois, mais s’il a décidé qu’il ne changera pas, il ne le fera pas.  Quant à la libération au sixième de la peine, précisons qu’il s’agit d’une mesure réservée aux détenus qui purgent leur premier terme fédéral et l’infraction commise doit être exempte de violence.  Cette procédure, appelée procédure d’examen expéditif, a été conçue, entre autres, pour que les détenus non-violents soient libérés le plus rapidement possible afin de purger le reste de leur peine dans la collectivité en accord avec la philosophie de réinsertion sociale susmentionnée.  Dans un second temps, en instaurant la procédure d’examen expéditif, l’objectif était également de réduire la charge de travail pour les cas à faible risque afin que la Commission nationale des libérations conditionnelles et le Service correctionnel du Canada bénéficient de davantage de temps pour examiner les cas de détenus condamnés pour des infractions graves.  Pour ma part, je suis d’avis qu’une libération devrait se mériter, je suis en accord avec le projet de loi C-434 déposé en septembre dernier au Parlement par le Bloc Québécois. Ce projet de loi propose notamment l’abrogation de l’article 119.1 de la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition:

«119.1 Le temps d’épreuve pour l’admissibilité à la semi-liberté est, dans le cas d’un délinquant admissible à la procédure d’examen expéditif en vertu des articles 125 et 126, six mois ou, si elle est supérieure, la période qui équivaut au sixième de la peine.»

Par ailleurs, j’aimerais ajouter qu’il est rare d’entendre un discours de victimisation envers les criminels dans mon milieu de travail. Nous sommes même d’avis que certains ont écopé de sentences trop clémentes.

Voici un autre paragraphe intéressant où monsieur Boisvenu donne un exemple d’une sentence dont un meurtrier a écopée:

« Que dire de la sentence de Sylvain Vincent, le meurtrier d’Yves Couture. Le juge lui a imposé une sentence de 13 ans sans possibilité de libération conditionnelle. C’est faux. Après quatre ans, ce criminel aura le droit à des privilèges qui lui seront accordés grâce aux pouvoirs du directeur de prison. Il pourra obtenir des congés temporaires pour visiter sa famille. Une libération conditionnelle temporaire sans que la Commission canadienne en sache un mot.»

J’aimerais informer les gens quand à cette libération conditionnelle temporaire à laquelle l’auteur fait référence.  Trois avant la date d’admissibilité à sa libération conditionnelle totale, un détenu peut se voir octroyer des heures de resocialisation notamment pour des raisons médicales, à des fins de service à la collectivité (bénévolat), dans le but s’effectuer un perfectionnement personnel afin de réduire le risque de récidive et pour passer du temps avec sa famille.  Les critères d’octroi sont assez serrés et la surveillance des détenus en permission de sortir l’est tout autant.  Ceux qui sont incarcérés dans un établissement à sécurité maximum ne peuvent se voir octroyer de permission de sortir sans être escorté.  Les détenus incarcérés dans un établissement à sécurité médium ont cette possibilité, mais bénéficient de 48 heures de resocialisation par mois, contrairement à 72 heures pour ceux incarcérés dans un établissement à sécurité minimum.  Cela permet à la personne incarcérée de se resocialiser peu à peu puisqu’elle retournera éventuellement dans la communauté.  Le fonctionnement du détenu lors de permissions de sortir est d’ailleurs un indice important de sa capacité à se conformer à une surveillance intensive dans la communauté.  D’ailleurs, il est faux d’affirmer que la Commission nationale des libérations conditionnelles n’en sait pas un mot. La CNLC prendra cet aspect en considération lors d’une demande de libération conditionnelle de la part d’un détenu.  Celui qui a respecté toutes les exigences lors de ses permissions de sortir amène à penser que les chances sont favorables qu’il en soit ainsi en libération conditionnelle totale, contrairement à celui qui s’est évadé lors d’une telle permission ou qui n’a tout simplement pas respecté les conditions inscrites à son permis de sortir.  Par ailleurs, pour certains types de délinquants, le directeur de la prison ne peut décider d’octroyer de permission de sortir, avec ou sans escorte, puisque la CNLC est l’autorité décisionnelle dans leur cas.

Ceci m’amène à la citation la plus intéressante de l’article de monsieur Boisvenu :

«Voilà pourquoi nous affirmons qu’au Canada, il existe deux systèmes de justice: la Cour qui donne des peines relativement convenables, et le système carcéral qui les réduit sans que le public en sache un traître mot. Pire, ce système trompe le public en lui laissant croire que les sentences des juges seront exécutées, alors que ce n’est pas le cas.»

Je comprends que le sénateur veut dire et il est vrai que cela peut paraître aberrant. La Commission nationale des libérations conditionnelles et le Service Correctionnel du Canada donnent l’opportunité au délinquant de ne pas passer la totalité de sa peine derrière les barreaux dans le but de l’aider à se réinsérer socialement.  Cependant, précisons que la durée de la peine demeure inchangée et quelqu’un sous le joug d’un mandat fédéral peut retourner derrière les barreaux à tout moment où l’on juge que le risque qu’il représente pour la société est trop élevé.  Et je peux vous dire que le Service Correctionnel du Canada est extrêmement sévère à ce niveau.

Dans un autre ordre d’idées, je ne suis pas d’avis que le système trompe un public qui sait déjà que les délinquants peuvent bénéficier de plusieurs formes de libérations.  Toutefois, je suis d’accord avec monsieur Boisvenu, à savoir que les sentences ordonnées ne se déroulent pas tel que formulé par le juge.  Par exemple, sur 5 ans de détention, la personne condamnée sera libérée au sixième, au tiers ou au deux tiers de sa peine.

Je ne prétends pas que notre système judiciaire est parfait, il a ses forces et ses lacunes.  Une de ses plus grosses lacunes est d’ailleurs de ne pas laisser assez de place aux victimes d’actes criminels.  Parce que je vous le rappelle, dans un procès au criminel, c’est la Reine contre l’accusé et tout tourne ensuite autour du délinquant.  Heureusement, les victimes d’actes criminels acquièrent de plus en plus de droits au fil des années, mais nous avons encore beaucoup de chemin à faire. Qui plus est, je ne suis pas non plus pro-détenu ou pro-détention, j’ai simplement tenu à apporter quelques nuances et fournir quelques explications, qui permettront peut-être aux gens qui ne possèdent aucune connaissance de notre système judiciaire d’en avoir un meilleur aperçu.

En terminant, je tiens à souhaiter sincèrement à monsieur Boisvenu la meilleure des chances dans ses nouvelles fonctions de sénateur. Je suis persuadée qu’il saura faire avancer la cause des victimes d’actes criminels dans notre système de justice.

La Criminologue

La Criminologue
12:49
 
Feb
3
La Criminologue

Hé oui, le compte à rebours est commencé, vous avez jusqu’au 1er mars pour faire vos demandes d’admission à l’université.  C’est stressant hein!?  Je vous racontais ici comment j’ai moi-même arrêté mon choix de carrière alors je sais tellement ce que vous vivez!  Si jamais vous songez à étudier en criminologie, je peux peut-être vous aider à fixer votre choix selon les questions qui étaient le plus fréquemment posées.

1) Premièrement, non, vous ne pourrez pas faire la même job qu’Anne Fortier ou Clarice Sterling avec un baccalauréat en criminologie. Vaut mieux le savoir AVANT d’être admis, ça évite bien des déceptions.

 

2) Il faut avoir une bonne cote R pour être admis au baccalauréat spécialisé en criminologie.  En 2009, la dernière personne acceptée dans ce programme, donné par l’Université de Montréal, avait une cote R de 28,04.  Vous trouverez d’ailleurs ici les conditions d’admission du dit programme. 

3) Pour ceux qui détiennent une cote R plus faible, vous pouvez faire une demande d’admission à la mineure en criminologie (1 an) dans le but d’améliorer vos résultats scolaires et être éventuellement admis au baccalauréat.  C’est quelque peu difficile, mais faisable.  À titre d’exemple, une de mes amies a attendu deux ans avant d’être admise au baccalauréat. Pas de panique, pendant ce temps vous faites des certificats reliés au domaines et plusieurs cours seront crédités par la suite.  De toute façon, l’éducation est un investissement, les connaissances ne sont jamais perdues.

4) Il y a deux orientations possibles en criminologie, l’analyse et recherche clinique (étude de la criminalité, études concernant le fonctionnement des programmes sociaux) et la clinique (évaluation des délinquants et victimes ainsi que de l’intervention, comme moi!).  Il faut faire une maîtrise en analyse pour oeuvrer le domaine tandis que les détenteurs d’un baccalauréat spécialisé en criminologie-orientation clinique trouveront aisément du travail avec leur diplôme de 1er cycle.

5) La première année du programme de baccalauréat est un tronc commun et il ne faut pas se décourager parce qu’elle est davantage axée sur les fondements de la science criminologique, qui est somme toute embryonnaire si on la compare, par exemple, à la médecine.  Il faut avoir une bonne base de connaissances pour la suite.

6) Au terme de la première année d’études, on doit choisir si on s’orientera vers l’analyse ou la clinique.  Cela déterminera le choix de cours pour la suite des études.

7) La dernière année du baccalauréat est consacrée au stage pratique.  J’ai d’ailleurs décrit mon expérience ici.  La durée du stage varie d’une à deux sessions selon le milieu choisi.

8 ) Les milieux où peuvent travaillers les criminologues sont assez variés: Voici intégralement le texte puisé sur le site de l’École de criminologie de l’Université de Montréal.

«La plupart des criminologues travaillent dans le cadre de programmes visant l’aide et la réinsertion des délinquants adultes ou juvéniles. Ils remplissent des fonctions d’évaluation, de suivi, de soutien et de référence. On les trouve dans des centres de détention et de réadaptation, des organismes chargés de veiller à l’exécution de travaux communautaires ou à l’application de mesures probatoires, des foyers de groupe, des maisons de transition, des organismes communautaires pour toxicomanes, jeunes en difficulté et victimes d’actes criminels, etc. Certains travaillent pour des services de police, des municipalités ou des ministères provinciaux ou fédéraux. Les criminologues peuvent en outre occuper des fonctions administratives ou assumer des tâches de recherche dans l’un ou l’autre de ces milieux.»

Je vous invite d’ailleurs à lire le livre de Jean Proulx, directeur de l’École de criminologie de l’Université de Montréal et responsable de l’unité de recherche de Délinquance sexuelle du Centre international de criminologie comparée (CICC), intitulé Profession criminologue (2006, Montréal : Presses de l’Université de Montréal). Voici d’ailleurs un extrait du livre que l’on retrouve sur la page de monsieur Proulx, sur le site du CICC:

«Dans l’imaginaire collectif, le criminologue est un être étrange qui pourchasse des tueurs en série. Bien que cette représentation ne soit pas totalement erronée, elle ne constitue pas l’essence du travail du criminologue. En fait, ce professionnel peut être impliqué dans chacune des étapes du système de justice, à savoir : 1) le support aux enquêtes ; 2) le traitement des criminels violents ; 3) l’évaluation des risques de récidive; 4) le suivi de criminels lors de leur réinsertion sociale ; 5) le support aux victimes d’actes criminels.»

Mais ce que j’aimerais que vous reteniez le plus de mon billet, c’est qu’il faut que vous choisissiez un programme d’études qui vous passionne.  Nous travaillons durant presque toute notre vie, il est important oeuvrer dans un domaine qu’on aime et dans lequel on s’épanouit.

N’hésitez pas à me contacter si vous avez des questions et sachez que ça me fait toujours plaisir de savoir que plusieurs envisagent étudier en criminologie.

Bonne journée et faites-vite, la date limite c’est le 1er mars!

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12:10
 
Jan
21
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Nous devions participer à une formation dans le cadre de notre travail, que nous suivions avec des gens de divers milieux de l’intervention (travailleurs sociaux, psychologues, psychoéducateurs).  Les gens nous demandaient souvent des questions sur notre métier, comment c’était de travailler dans un milieu carcéral et/ou avec des ex-détenus.  L’animatrice a alors raconté une anecdote du temps où elle travaillait en prison.  Lorsqu’on lui a présenté son nouveau client, elle s’est fait mettre en garde à l’effet qu’il serait un sacré fouteur de trouble.  Sur le ton de la confidence, son collègue a ajouté qu’il organisait même des bingos.  ”Mais quelle belle activité communautaire! Je ne vois pas où est le problème?” qu’elle s’était exclamée.

Mes collègues et moi avions tous un sourire en coin, tandis que les autres participants ne comprennaient pas trop, ils avaient l’air d’avoir loupé quelque chose.  Ce qu’ils ne savaient pas, et l’animatrice à l’époque non plus, c’est qu’un bingo, dans le jargon du milieu, c’est une émeute, déclencher une désorganisation générale dans l’établissement..

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Qui est la Criminologue?

Une femme passionnée d'intervention désirant clarifier certains mythes quant à la profession de criminologue. Elle désire aussi partager des anecdotes du métier et sur le plan personnel aussi. Le plus souvent cocasses, elles permettent d'illustrer quelques exemples de ce qu'un criminologue peut vivre au quotidien et surtout, de démontrer qu'elle ne se prend pas au sérieux!

Pour me joindre: lacriminologue@live.fr

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