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Cette semaine, un homme m’a contactée pour demander de lui accorder un pardon puisqu’il a des antédécents judiciaires. Je lui ai alors indiqué que seule la Commission des libérations conditionnelles du Canada détient le pouvoir d’accorder des pardons. Cependant, je lui ai demandé l’autorisation de partager avec vous le courriel qu’il m’a envoyé puisque si les informations qu’il m’a livrées sont véridiques, on peut parler d’un bel exemple de réinsertion sociale. Beaucoup croient, à tort, qu’un criminel demeurera en marge de la société toute sa vie et qu’il vaut mieux jeter la clé pour protéger la société. Mais avec de la volonté et en se dotant des bons outils, il est possible de réintégrer une société pour laquelle l’individu est un acteur positif, tout en demeurant respectueux des lois.
Voici donc la demande de pardon de Michel C., de Québec:
Québec, lundi 30 janvier 2012Objet : Puis-je obtenir “mon pardon” ?________________________________________________________Bonjour,
Mon nom est Michel C., j’ai 43 ans ; je suis né le 2 juillet 1968.
En juillet 2003, une beuverie (et ce fut ma dernière) en compagnie d’un ami de l’époque s’est soldée par une accusation d’agression de nature sexuelle contre moi, gestes déplacés posés à l’endroit de la fille de cet ami, laquelle était alors âgée de 14 ans.
Une plainte fut déposée au Service de Police de Québec au début du mois d’août 2003, et on m’a arrêté, puis relâché le même jour.
Néanmoins, en février 2005, le Juge m’a indiqué de ne plus poser de tels gestes (attouchements inappropriés) et il m’a condamné à 50 heures de travaux communautaires. C’était pour moi une première expérience judiciaire et, croyez-moi, j’ai bien frais en mémoire ce bien mauvais souvenir ; lorsqu’on m’a condamné, la Procureur de la Couronne a indiqué au Juge que la jeune fille avec laquelle je m’étais mal comporté était remise de ces émotions et qu’elle n’avait pas eu besoin de soins psychologiques. Cela peut sembler anodin mais j’ai été soulagé d’entendre cette affirmation puisque cette jeune fille était quelqu’un de bien.
Depuis, j’ai eu à vivre en novembre de la même année (2003) le deuil de ma soeur qui fut impliquée dans un bête accident de la route causé par un chauffard ivre. Bref, deux événements qui m’ont éloigné à jamais, je le souhaite, de l’alcool. Ça fera 8 ans en août prochain que je ne consomme plus d’alcool : j’ai vécu ses méfaits en agissant mal auprès d’une jeune fille, et j’ai vu à travers le chauffard ayant fauché la vie de ma soeur jusqu’où l’alcool peut conduire.
J’ai vécu une dépression sévère en guise de conclusion à l’année 2003 qui fut ponctuée par les 2 événements terribles décrits précédemment. J’ai dû cesser de travailler. Cependant, lorsque j’ai retrouvé un peu d’équilibre, jesuis allé compléter un baccalauréat à l’Université Laval, tout en étant “chef” de famille monoparentale.
Je dois poursuivre mon parcours académique en août prochain (2012) en m’inscrivant en Maîtrise, mais cette fois à l’Université de Montréal puisque le programme offert correspond mieux à mon cheminement.
Enfin, parlant de cheminement, j’aimerais vous demander de m’accorder ”mon pardon” ; je serais vraiment soulagé de ne plus avoir à trainer ce boulet et je serais grandement encouragé à la seule pensée de pouvoir me trouver un emploi après mes études.
Croyez-vous cela possible ? Je me suis mal conduit en juillet 2003, ça fait presque 9 ans et on m’a condamné en février 2005, ça fait 7 ans. J’ai une bonne conduite et, avant ce mauvais épisode, je n’avais aucune tache à mon parcours de vie.
Merci de votre attention et pour votre compréhension. Bonne journée !
Sincèrement,
Michel C.
Québec, QC
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Nov
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Source de la photo: Site Internet de la Commission des libérations conditionnelles du Canada - http://www.pbc-clcc.gc.ca/victims/photos/Quebec/drummond_1-fra.shtml
C’est possible!
La CLCC, dans un souci de transparence et de rendre des comptes aux citoyens et citoyennes, permet aux membres du grand public d’assister à des audiences en tant qu’observateurs. Entre autres, cela permet de mieux comprendre les décisions qui sont rendues et assister à cette étape du processus judiciaire d’un ou d’une délinquante est un exercice qui pourrait être fort intéressant pour quelqu’un qui s’intéresse au sujet.
Voici un lien menant au site Internet de la Commission des libérations conditionnelles du Canada permettant de faire une visite virtuelle d’une salle d’audience. Si jamais vous étiez intéressés à éventuellement assister à une audience en tant qu’observateur, vous saurez d’avance à quoi vous attendre.
Au préalable, vous devez toutefois remplir un formulaire dans lequel vous demandez à assister à une audience.
Personnellement, je suis plus habituée de voir des étudiants assister à des audiences de la CLCC, mais qui sait, peut-être qu’un jour nous nous y croiserons!
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Légende de la photo:
Les trois premières personnes près du mur du fond sont les commissaires. A leur droite, c’est la greffière. Devant eux, à gauche, se trouve le délinquant et son assistant et à leur droite, vêtue de rouge, l’agente de libération conditionnelle du Service Correctionnel du Canada (on l’agent de surveillance en communauté, selon le cas). Derrière, donc les personnes que vous voyons plus près de nous, sont les observateurs. Ils peuvent provenir du grand public, du milieu journalistique et cela peut même être la ou les victimes. Une victime peut notamment présenter une déclaration à la Commission, que ce soit via une bande sonore, un vidéo, ou si elle s’en sent capable, verbalement. Lorsqu’une victime assiste à une audience devant la CLCC, un gardien peut être présent.
La Criminologue
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17:05
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Il faut se mettre à jour sur un truc!
Sur mon compte Twitter, je suis grand nombre de journalistes provenant de divers médias et il n’est pas rare que mon oeil soit titillé d’encore lire, lorsqu’il est question des libérations conditionnelles, les termes Commission nationale des libérations conditionnelles (CNLC). Pourquoi? Parce que ça fait plus d’un an que ça ne s’appelle plus comme ça. Maintenant, l’institution qui
[...] prend en toute indépendance des décisions judicieuses sur la libération conditionnelle et le pardon et formule des recommandations en matière de clémence.
se nomme la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC). Le nom n’est pas encore modifié sur tous les documents officiels et à certains endroits sur le site Internet de la CLCC, mais la mise à jour est graduelle. Bon, ce n’est pas un sacrilège que d’encore utiliser les termes CNLC, mais c’est un peu comme dire qu’on va acheter une bonne bouteille de vin à la Commission des liqueurs.. ça doit faire depuis le début des années ’60 que ça ne s’appelle plus comme ça, quelque chose dans ce coin-là? Faut se mettre à jour comme on dit!
Bonne journée!
La Criminologue
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May
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Un casier judiciaire, c’est quoi au juste?
Selon Pierre Landreville, titulaire d’un doctorat en criminologie de l’Université de Montréal, il s’agit de la “liste des condamnations pénales, corroborées par les empreintes digitales d’une personne”1.
Saviez-vous que…
… Selon la GRC, près de quatre millions de canadiens détiennent un casier judiciaire, ce qui constitue environ 15% de la population adulte2.
… Un casier judiciaire ne s’efface par comme par magie, même après 30 ans qu’une l’infraction ait été commise. En fait, mis à part dans les cas d’absolution conditionnelle/inconditionnelle, le casier judiciaire peut être supprimé à partir de l’âge de 80 ans si aucun délit n’a été commis lors des dix années précédentes et si l’individu n’est pas déclaré délinquant dangereux 3. Les personnes sentencées à la prison à vie ne bénéficieront jamais d’une suppression de casier judiciaire parce qu’elles seront sous le joug d’un mandat fédéral jusqu’à leur mort.
… Comme je l’avais expliqué ici:
“Un pardon n’efface pas une condamnation, il a pour effet de placer le casier judiciaire à part des autres, notamment au Centre d’information de la police canadienne (CIPC). Par exemple, lorsqu’un employeur effectuera une recherche à savoir si un employé potentiel possède un casier judiciaire, le dossier ayant été masqué n’apparaîtra pas dans sa recherche.”
… Les types d’emploi où des vérifications sont généralement effectuées quant à la possession d’un casier judiciaire sont: le gouvernement fédéral (ne fait pas de discrimination pour les gens ayant obtenus un pardon), domaines des assurances, services de sécurité, les banques, monde de l’enseignement, soins de santé et le bénévolat 4. Selon l’article 18.2 de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec:
“nul de peut congédier, refuser d’embaucher ou autrement pénaliser dans le cadre de son emploi une personne du seul fait qu’elle ait été déclarée coupable d’une infraction pénale ou criminelle, si cette infraction n’a aucun lien avec l’emploi ou si cette personne a obtenu le pardon.”
… Une personne s’étant vu délivrer un pardon ne peut pas affirmer qu’elle ne possède pas de casier judiciaire, elle a été condamnée pour une infraction pénale pour laquelle elle a reçu un pardon.
… Lorsque vous contractez des assurances et que vous détenez un casier judiciaire, il est préférable de le nommer même si on ne vous pose pas la question. Effectivement, les compagnies d’assurances estiment que c’est de la responsabilité de la personne qui désire souscrire à des assurances de divulguer la présence d’un casier judiciaire. Advenant que vous omettiez de le faire, il est possible que la compagnie d’assurance mette un terme à votre contrat si elle apprend la présence de votre casier judiciaire ou refuse de vous indemniser lorsque vous ferez une réclamation sous prétexte d’avoir fait une fausse déclaration au départ. Il est également préférable de déclarer cohabiter avec une personne détenant un casier judiciaire puisque la compagnie d’assurances pourrait refuser de vous indemniser puisque vous hébergez/habitez avec quelqu’un qui représente un facteur de risque important à leurs yeux. Au fil des ans, j’ai constaté à maintes reprises que les gens détenant un casier judiciaire, lorsqu’ils réussissent à souscrire à des assurances, les paient souvent beaucoup plus cher que quelqu’un qui n’en a pas. On peut en conclure que cette tendance est discriminatoire à l’égard des individus judiciarisés, et pourtant, il n’y a aucune étude qui prouve qu’ils réclament davantage aux compagnies d’assurances. L’Association des services de réhabilitation sociale du Québec désire documenter les cas où des personnes avec un casier judiciaire ont été discriminées en ce sens dans l’objectif de recenser les pratiques des compagnies d’assurances. Vous pouvez communiquer avec l’organisme afin de partager votre expérience au communication@asrsq.ca 5
… Les gens détenant un casier judiciaire peuvent voyager à travers le monde, mais le pays de destination a un pouvoir décisionnel absolu sur leur acceptation sur son territoire 6. Vaut mieux se renseigner auprès de l’embassade du pays en question avant d’acheter les billets d’avion.
… Le pardon émis par la Commission des libérations conditionnelles du Canada n’est valide qu’au Canada, il n’est pas reconnu dans les autres pays.
… Même s’il est difficile d’entrer en sol américain lorsqu’on détient un casier judiciaire, c’est tout de même possible puisque les douaniers ont un pouvoir discrétionnaire à ce sujet. Cependant, il est peu probable d’être admis sur le territoire des États-Unis si l’infraction commise était accompagnée de violence et a causé soit des blessures ou la mort, s’il s’agit de crimes de malhonnêteté, si le délit est lié aux stupéfiants, s’il a contrevenu aux bonnes moeurs (ex.: activités de prostitution, proxénétisme) ou si un individu a été condamné à de multiples reprises et que l’ensemble des peines totalise cinq ans et plus de détention 7.
… Il est possible de se voir délivrer un Waiver of inadmissibility, un laisser-passer pour une période fixe permettant de circuler en sol américain même en détenant un casier judiciaire. Cependant, ce sont les douaniers qui ont le dernier mot sur l’accès au territoire américain en vertu notamment du pouvoir discrétionnaire qui leur sont conféré 8.
Détenir un casier judiciaire a des conséquences, tant sur les individus judiciarisés que leur entourage, bien longtemps après que la peine ait été purgée. Il va sans dire qu’il constitue un impact négatif à la réinsertion sociale et à la réhabilitation de par tous les obstables que les personnes judiciarisées trouveront sur leur chemin à cause de la présence d’un casier judiciaire. On retrouve dans le mémoire rédigé par le Comité consultatif clientèle judiciarisée adulte et l’Association des services de réhabilitation sociale du Québec (ASRSQ), intitulé Impacts du casier judiciaire Un fardeau à supporter collectivement, des pistes de solutions qui ne mettent pas pour autant la sécurité du public en danger, ce qui est primordial à mon avis.
Est-ce que vous êtes d’avis que la présence d’un casier judiciaire est un obstacle à la réinsertion sociale ou qu’au contraire, une personne judiciarisée doit en subir les conséquences jusqu’à sa mort? Quelles solutions proposez-vous pour réinsérer adéquatement les gens qui possèdent un casier judiciaire dans la société tout en protégeant la sécurité du public?
La Criminologue
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1. LANDREVILLE, Pierre. Le casier judiciaire: un frein à la réinsertion sociale, Porte Ouverte de l’Association des services de réhabilitation sociale du Québec (ASRSQ), Vol. XVI, no 2, Montréal, automne 2004.
2. Gendarmerie Royale du Canada. Services canadiens d’identification criminelle en temps réel (SCICTR) (En ligne) http://www.rcmp-grc.gc.ca/fs-fd/ccrtis-scictr-fra.htm (consulté le 13 mai 2009).
3. Comité consultatif clientèle judiciarisée adulte et l’Association des services de réhabilitation sociale du Québec (ASRSQ). Mémoire: Impacts du casier judiciaire Un fardeau à supporter collectivement, 2e édition, mars 2010, (En ligne) http://casierjudiciaire.ca/index.php (consulté le 26 mai 2011).
4,5,6,7,8: Idem
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Qui ne connaît pas “Moïse” Roch Thériault, leader de secte dans les années ’80 (Burnt River en Ontario, Sainte-Marie de Beauce et en Gaspésie), qui a assassiné Solange Boislard en tentant de l’opérer alors qu’il était en état d’ébriété? Il a également amputé le bras de Gabrielle Lavallée, à froid, alors qu’elle était sous l’emprise de son gourou. Elle raconte d’ailleurs le calvaire qu’elle a vécu alors qu’elle était membre de la secte de Roch Thériault dans son livre, l’Alliance de la Brebis.
J’avais d’ailleurs écrit un article dans lequel je traitais de l’affaire Roch Thériault, intitulé “Quel criminel canadien vous a le plus marqué?“.
Eh bien voici le vidéo d’une entrevue réalisée par La Presse, directement de la prison de Dorchester. On apprend notamment que le célèbre criminel est issu d’un viol incestueux. Donc son père est également son grand-père, et sa mère est aussi sa soeur. Fait troublant, il mentionne qu’il a déterré le corps de Solange Boilard à deux reprises pour l’embrasser parce qu’il éprouvait terriblement de tristesse d’avoir causé sa mort.
Voici ici le lien de l’entrevue, qui bien que quelque peu troublante, est intéressante.
En terminant, mentionnons que l’interdiction du Service Correctionnel du Canada d’empêcher Roch Thériault de vendre ses toiles et des articles autographiés est toujours effectif. Il réclamait 50 000$ en dédomagement et demandait à ce que l’interdiction en vigueur depuis 2009 soit levé. Sa requête a été rejetée. Mentionnons que cette mesure avait été imposée après avoir découvert que certaines de ses oeuvres soient en vente sur des sites spécialisés en vente d’objets appartenant à des tueurs en série, dont notamment redrumautographs.com. Sur Cyberpresse, dans un article paru le 27 janvier dernier, on peut lire:
“En 2009, le Service correctionnel restreignait cependant la diffusion et la distribution d’oeuvres d’art, de travaux manuels ainsi que de matériel écrit comme des mémoires, des bibliographies et des communications écrites de Thériault. Ces restrictions avaient entre autres pour but de réduire la notoriété publique de Thériault afin d’éviter des conséquences négatives pour les victimes et leurs familles.”
Apparemment malade et grandement fatigué, Thériault a aussi formulé la demande de se voir accorder une année sabbatique de son plan correctionnel, qui lui impose de suivre moult programmes correctionnels en détention. Cette demande aussi lui a été refusée. Il m’est arrivé une fois, avec l’accord de la Commission des libérations conditionnelles du Canada, de mettre de côté le plan correctionnel d’un libéré; lorsqu’il était à l’aube du trépas en raison d’une maladie incurable. Autrement, c’est une priorité, justement pour que le séjour en prison serve à diminuer le risque représenté pour la société. Dans le cas de Thériault, je doute qu’il se voit octroyer une libération conditionnelle dans un futur rapproché. Disons que de ne pas s’impliquer dans son plan correctionnel n’aidera pas sa cause, même s’il s’est fait à l’idée d’être incarcéré jusqu’à la fin de ses jours.
La Criminologue
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14:23
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Jan
24
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Tout le monde me l’a demandé. Bien évidemment, par souci de confidentialité, je n’aurais pu dire si ça avait été le cas. Mais bon, je peux dire qu’il ne séjournera pas où je travaille.
Vincent Lacroix, l’ancien PDG de Norbourg et celui que le Québec qualifie d’un des pires fraudeurs de l’histoire, sera libéré le 27 janvier pour actualiser une semi-liberté de type projets communautaires. On apprend ici que la Commission des libérations conditionnelles du Canada a imposé à l’individu de passer au travers une période de six mois pendant laquelle il devra s’adonner à du bénévolat.
Les commissaires de la Commission des libérations conditionnelles du Canada, Pierre Cadieux et Michel Pallascio, ont indiqué dans leur décision, que :
« La Commission est toujours d’avis qu’il est raisonnable et nécessaire que vous concentriez vos efforts sur les projets communautaires afin d’intégrer des valeurs prosociales centrées sur l’altruisme et la contribution à la société. Vous devez appronfondir votre conscience sociale et vous éloigner des valeurs matérialistes »
Je dois dire que je partage leur point de vue. Pour avoir comparu quelques fois devant les deux commissaires, je dois mentionner que j’estime beaucoup leur jugement et leur expérience. Ils sont d’ailleurs généralement bien appréciés des libérés conditionnels, qualifiés de stricts, mais justes.
Donc tout ça dans le but de développer la conscience sociale de Vincent Lacroix, qualité que les fraudeurs doivent généralement travailler en raison du fait qu’ils se soucient peu des conséquences sur autrui de leurs actes, qui eux, s’étendent en général sur une grande masse d’individus.
En quoi consistera le type de libération auquel il aura droit? Plus précisément, il devra, du matin au soir, se rendre dans des ressources en partenariat avec le Service Correctionnel du Canada (maison d’hébergement pour personnes âgées, organisme visant l’intégration par le travail de personnes handicapées et/ou atteintes d’une déficience) et y effectuer des activités du genre: faire le ménage, aider à l’organisation d’activités, promener des personnes âgées en chaise roulante, emballer des ustensiles dans des sacs de plastique. Pour avoir travaillé à la même maison de transition où monsieur Lacroix a séjourné en 2009, je connais bien le fonctionnement de la semi-liberté qu’il actualisera prochainement. Certains libérés conditionnels ne retirent absolument rien des activités de bénévolat. D’autres, graduellement, en viennent à prendre conscience de la misère humaine et du fait que leurs gestes ont des conséquences sur les autres. J’éprouvais beaucoup de plaisir à entendre certains me raconter leur journée, passée en compagnie de personnes âgées sans famille. Parfois ils étaient fiers d’avoir fait la différence pour telle ou telle personne en ayant pris le temps de lui lire un livre, jouer aux poches. D’autres fois, ils trouvaient difficile de composer avec des personnes atteintes de déficience et de faire équipe avec elles dans l’éxécution de leurs tâches. J’ai souvent été témoin de l’inconfort, surtout au début, de leur prise de conscience quant à leurs actes. La clientèle est un bien meilleur professeur et permet d’être en contact direct, à temps plein, avec des gens pour la plupart en difficulté ou démunies. Je ne peux pas dire si Vincent Lacroix effectuera une telle prise de conscience, comme certains qui se fichaient royalement de ne poser ne serait-ce qu’un geste aimable à l’égard de son prochain. Seul l’avenir nous le dira.
Le lieu où sera libéré Lacroix demeure inconnu, mais l’information sera diffusée comme une traînée de poudre quand les gens le reconnaîtront dans la rue.
“En maison de transition, Vincent Lacroix devra vraisemblablement respecter un couvre-feu et ne pourra pas consommer d’alcool dans son nouveau domicile.”
En fait, s’il est libéré où je crois qu’il le sera, Vincent Lacroix sera autorisé à sortir de la maison de transition que pour effectuer du bénévolat. Il bénéficiera aussi de 96 heures de resocialisation par mois, mais seulement auprès de ressources ayant fait l’objet d’une évaluation rigoureuse de la part du Service Correctionnel du Canada. De la manière dont c’est indiqué, j’en comprends que Vincent Lacroix sera assujetti à la condition spéciale de ne pas consommer d’alcool durant toute la période de sa semi-liberté. S’il en est ainsi, c’est que la consommation d’alcool est considérée comme un facteur contributif à la criminalité du justiciable et la Commission des libérations conditionnelles du Canada a jugé nécessaire d’assortir cette condition au certificat de libération sans quoi le risque représenté dans la société serait inacceptable. Mais comme je me souviens pas qu’il ait été mentionné dans les médias que Vincent Lacroix possédait une problématique de consommation d’alcool, je crois que l’auteur de l’article voulait simplement dire qu’il lui serait interdit de consommer de l’alcool en maison de transition. Il me semble que ça va de soi!
Le gouvernement Harper travaille fort à faire adopter un projet de loi rendant plus difficile l’octroi d’une libération conditionnelle au sixième de la peine. Aussi, le projet de loi C-52, déposé le 21 octobre 2009, misant sur la répression de la criminalité à col blanc ainsi que davantage sur la rétribution aux victimes, est un des chevaux de bataille du gouvernement conservateur. Il n’y a pas à dire, le gouvernement Harper n’aura pas chômé côté réforme du code criminel.
Est-ce que Vincent Lacroix se verra réserver le même accueuil qu’il avait reçu en 2009, lors de son premier séjour en maison de transition? Pour vous rafraîchir la mémoire, voici le lien menant à un article de Radio-Canada, où vous pourrez cliquer sur le vidéo pour revoir les images de son arrivée tumultueuse.
La Criminologue
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Dec
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Voici un article paru mardi le 30 novembre sur le site Internet de Cyberpresse à cet égard.
“Malgré de louables efforts, la couronne de Noël qui orne l’entrée du pénitencier Archambault n’arrive à égayer ni les lieux, ni ce dernier jour glacial de novembre. C’est là, dans cet établissement carcéral classé «super maximum», tout au bout d’un champ à Sainte-Anne-des-Plaines, que le tueur d’enfants le plus impitoyable du Canada, Clifford Olson, s’est de nouveau fait refuser la liberté conditionnelle, mardi matin.”
D’emblée, il y a une erreur dans la citation précédente. L’Unité spéciale de détention, communément appelée le super maximum, se trouve dans le pénitencier Centre régional de réception, un établissement à sécurité maximum, et non à l’établissement Archambault, qui lui est un pénitencier à sécurité médium.
“Après avoir délibéré pendant quelques minutes, la Commission nationale des libérations conditionnelles a décrété qu’Olson, malgré ses presque 30 ans d’incarcération, n’avait pas changé et qu’il constituait toujours un risque pour la société.”
Depuis septembre 2010, l’instance décisionnelle citée plus haut porte maintenant le nom de Commission des libérations conditionnelles du Canada.
Fin des corrections se trouvant dans l’article, c’est mon côté pointilleux et rigoureux qui veut que vous ayiez les informations les plus justes possibles, que voulez-vous!
“Depuis son arrestation, en août 1981, et sa condamnation, en janvier 1982, Olson n’a participé à aucun programme de réhabilitation. Aux yeux de son agente de libération conditionnelle, il n’a fait aucun progrès. [...] Mardi, quand le commissaire Denis Couillard lui a demandé quels progrès il avait faits depuis, Olson a répondu: «Je me suis tenu loin du trouble et j’ai fait des cours d’université en psychologie et en criminologie.» Le commissaire a signalé que ce n’est pas très difficile de rester «loin du trouble» quand on est enfermé en cellule toute la journée. «Je ne suis pas enfermé toute la journée», a rétorqué Olson.”
Moi même, qui rédige des rapports dans lesquels je recommande ou non une libération et qui participe à des audiences devant la CLCC, trouve que de n’avoir fait aucun programme correctionnel est assez inquiétant quand on a un passé criminel lourd comme celui de Olsen. Qu’est-ce qui serait un signe encourageant laissant croire que le risque de récidive s’est amenuisé et serait acceptable pour la société? Avoir fait des cours en psychologie et criminologie. Malheureusement, ils ne ciblent pas les facteurs contributifs à la criminalité et ne font encore moins office de thérapie. Ils permettent d’apprendre de nouvelles connaissances, non pas de traiter une déviance ou d’effectuer une introspection personnelle, ou du moins, pas une introspection suffisante considérant les progrès d’envergure qui sont attendus avant de permettre toute forme de libération.
Un rapport psychiatrique décrit Olsen comme “un pédophile, un sadique sexuel probablement nécrophile qui ne montre aucun remords” (même s’il prétend au contraire éprouver des remords). Mais ce rapport contient peut-être des informations qui ne sont plus à jour aujourd’hui parce que depuis 1997, l’individu refuserait d’être évalué par des psychiatres.
Donc avec aucun indice encourageant, ni aucun progrès sur lequel s’appuyer pour affirmer que le pronostic est positif dans le cas de monsieur Olsen, il est évident qu’il n’arrive pas à accéder à une libération; le risque qu’il représenterait pour la société est inacceptable. D’ailleurs, Olsen s’est engagé à ne plus demander de libération conditionnelle à l’avenir. Cela sera donc moins éprouvant pour les familles des victimes, pour qui il s’agit probablement d’un terrible coup de couteau, à chaque fois qu’il fait la demande que lui soit octroyée une libération, dans une plaie qui n’arrivera jamais à se cicatriser complètement.
La Criminlogue
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