commandant Russell Williams
Hier, l’annonce du plaidoyer de culpabilité du colonel Russell Williams a beaucoup fait jaser à la maison de transition. Beaucoup s’insurgeait contre l’horreur des délits commis par Williams, rapportant les propos de différents spécialistes s’étant prononcé sur le cas en affirmant qu’il n’y avait pas de traitement possible pour lui puisqu’il n’aurait aucune emprise sur un psychopathe. D’autres affirmaient qu’il méritait la peine de mort pour tout le mal qu’il a fait autour de lui. Bref, ils étaient renversés par l’horreur des gestes qu’il a commis et ils espéraient pour la plupart qu’il obtienne un châtiment exemplaire.
Ils ont été sidérés d’apprendre que Williams percevrait tout de même sa pension militaire, clamant qu’il ne la méritait pas. Cependant, quand on leur rappelait qu’il était possible que le gouvernement Harper prive les détenus de leur pension de vieillesse, ils affirmaient que ce n’était pas pareil (!). Tous s’entendaient pour dire qu’il n’allait pas avoir la vie facile en prison parce que les criminels ayant commis des délits de nature sexuelle sont généralement les bêtes noires de l’endroit. Williams sera assurément incarcéré dans un établissement à sécurité maximum, dans un département de protection, cloîtré vingt-trois heures sur vingt-quatre dans sa cellule. Bien que nous leur rappelions qu’ils avaient eux aussi commis des délits, c’était intéressant de voir l’opinion qu’ils avaient de l’affaire, faisant tous valoir des principes de justice, d’équité et de respect des lois. Dommage que certaines les mettent de côté, ces principes, quand vient le temps de transgresser les lois. Mais peut-être qu’encore une fois, dans leur cas c’est pas pareil (!)..
Tout comme ses prédessesseurs, notamment Karla Homolka, il y aura un article dans les médias à chaque fois qu’il fera une demande de libération ou qu’il sera libéré. L’histoire sera toutefois rapidement eclipsée par une autre, puis une autre, puis une autre.. Mais n’empêche que jamais nous ne pourrons l’oublier.
Tout ça pour dire que même ceux qui ont commis de graves délits et ont un système de valeurs élastiques étaient ébranlés par les gestes qu’à posés le colonel Williams.
La Criminologue

J’avais écris un billet en février dernier sur l’arrestation du colonel Russell William, l’ex-commandant de la base militaire de Trenton, accusé notamment des meurtres de Jessica Lloyd et du caporal Marie-France Comeau. Il faisait également face à des accusations d’introduction par effraction, d’agressions sexuelles ainsi que de séquestration.
On peut lire ici qu’il a récemment plaidé coupable aux accusations de meurtres prémédités des deux femmes, à 82 introduction par effraction et deux chefs d’agression sexuelle. Il est d’ailleurs rapporté que la lecture des chefs d’accusation a pris plus de trente minutes tellement ils étaient nombreux.
Voici une partie de la preuve: des photos de Williams en sous-vêtements féminins avec des descriptions des plus troublantes qui accompagnent le tout. Cela n’est que la pointe de l’iceberg en ce qui a trait à sa déviance à mon avis. Il s’agit d’un cas fort complexe et des plus fascinants, cliniquement parlant, entendons-nous. Je suis curieuse de voir jusqu’à quel point sa perturbation sexuelle est traitable et quel travail il fera sur lui-même pour éviter de retomber dans le même cycle qui l’a mené à commettre l’ultime délit, et ce, à deux reprises. Sans posséder les compétences nécessaires pour apposer l’étiquette de psychopathe, je peux néanmoins me prononcer en disant que ça ne me surprendrait pas du tout qu’il obtienne un score élevé à l’échelle de psychopathie de Hare-révisée, le PCL-R. En gros, le résultat de l’échelle varie entre 0 et 40 et le diagnostique de psychopathie est posé pour un score de 30 et plus, tandis qu’une absence de psychopathie est caractérisée par un résultat inférieur à 20. Entre 20 et 29, on parle d’une problématique dite mixte. Williams aura assurément à se soumettre à cette évaluation pointue administrée par un professionnel formé spécifiquement et hautement qualifié. Le suivi en individuel avec un agent de libération conditionnelle risque d’être tout un challenge aussi. Cet homme a été habitué à duper son entourage tandis qu’il menait une double vie des plus déviantes. Il présente des problématiques fort complexes, nous sommes bien loin des voleurs de caps de roues qui sortent de prison au sixième de leur peine..
L’ex-commandant de la base de Trenton fait face à une peine d’emprisonnement à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant vingt-cinq ans. Dire que le gouvernement canadien lui faisait confiance les yeux fermés pour diriger une des bases militaires des plus prestigieuses. Maintenant, il sera toujours lié au gouvernement du Canada, mais dans le rôle du détenu, et d’éventuellement de libéré conditionnel, pour le reste de ses jours.
A propos, je me demande s’il va avoir droit à sa pension de vieillesse à l’âge de soixante-cinq ans? Si le gouvernement de Stephen Harper se “met sur son cas” comme ça été le cas avec Clifford Olsen et Karla Homolka, des lois risquent d’être adoptées bien assez vite pour empêcher le tout. Ah mais j’oubliais, le gouvernement Harper n’a pas parlé de le priver de sa pension militaire par contre.. Qu’en pensez-vous?
La Criminologue

Miss Pointless avait écrit un billet intéressant ici et avait m’avait sollicitée pour que je commente l’affaire du colonel Russell Williams, ex-commandant de la base militaire de Trenton en Ontario (la plus importante base de force aérienne canadienne). Pour ceux qui l’ignoreraient encore, Russell Williams, militaire modèle, a été accusé deux fois de meurtre au premier degré. Les présumées victimes sont Jessica Lloyd, dont les funérailles ont été célébrées samedi dernier, et le caporal Marie-France Comeau. Il fait également face à ces accusations de deux entrées par effraction, de deux agressions sexuelles ainsi que de séquestration. Rappelons qu’il est considéré innocent jusqu’à preuve du contraire. Je parlerai donc davantage au conditionnel, même s’il semble déjà condamné d’avance par l’ensemble de la population.

La question que tout le monde se pose est: «Comment est-ce possible?». Effectivement, comment est-ce possible qu’un homme, qui dirigeait une des bases militaires les plus importantes au pays, ait pu commettre des gestes aussi horribles? Comment est-ce possible qu’un homme, que les soldats respectaient et prenaient en exemple, puisse avoir un côté si sombre?
Certains évoquent le fait qu’il pouvait être atteint d’un trouble psychiatrique. Bien que je ne sois pas psychiatre, je crois que cela serait étonnant. En effet, pour gravir les échelons de l’armée comme il l’a fait et en arriver à diriger une basse militaire demande beaucoup d’habiletés sociales, personnelles et professionnelles. Possède-t-il un trouble de la personnalité antisociale? Est-il psychopathe? Selon le DSM-IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders – 4th Edition / Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux - 4e édition) , un trouble de la personnalité antisociale est caractérisé par:
«Il s’agit d’un mode général de mépris et de transgression des droits d’autrui. La tromperie et la manipulation sont au centre de cette personnalité.
A. Mode général de mépris et de transgression des droits d’autrui qui survient depuis l’âge de 15 ans, comme en témoignent au moins trois des manifestations suivantes:
(1) incapacité de se conformer aux normes sociales qui déterminent les comportements légaux, comme l’indique la répétition de comportements passibles d’arrestation;
(2) tendance à tromper par profit ou par plaisir, indiquée par des mensonges répétés, l’utilisation de pseudonymes ou des escroqueries;
(3) impulsivité ou incapacité à planifier à l’avance;
(4) irritabilité ou agressivité, indiquées par la répétition de bagarres ou d’agressions;
(5) mépris inconsidéré pour sa sécurité ou celle d’autrui;
(6) irresponsabilité persistante, indiquée par l’incapacité répétée d’assumer un emploi stable ou d’honorer des obligations financières;
(7) absence de remords, indiquée par le fait d’être indifférent ou de se justifier après avoir blessé, maltraité ou volé autrui.»
On ne connaît pas beaucoup d’informations sur les raisons qui auraient poussé Russell Williams à commettre ces délits, s’il les a commis. Mais pourrait-il présenter un trouble de la personnalité antisociale? Je serais étonnée à prime abord en raison du fait qu’il gravitait dans un milieu hautement hiérarchique. Il devait faire preuve d’un grand respect envers ses supérieurs et avoir été plus que responsable pour que lui soit confié les commandes de la base militaire de Trenton. Psychopathe, l’ex-commandant Williams? Je ne sais pas. Comme il n’a pas reconnu sa culpabilité pour les accusations portées contre lui (mis à part pour s’être introduit par effraction et avoir volé des dessous féminins), nous ne pouvons déterminer s’il a ressenti des remords et/ou de la culpabilité, s’il a commis les crimes bien sûr. Les psychopathes ont cette caractéristique d’être peu sensibles et d’avoir une faible conscience, de même que de ne pas avoir de remords. Or, les psychopathes présentent aussi une grande difficulté à respecter les règles établies. Pour s’être rendu au sommet de la hiérarchie de la base de Trenton, il a dû montrer un grand respect des règles et du code d’éthique établi.
Chose certaine, Williams est un être très intelligent. Il n’aurait pas réussi à commander la base aérienne de Trenton sans être doté d’une intelligence supérieure à la moyenne, d’autant plus qu’il aurait mené une double vie en parallèle. Selon le docteur Gilles Chamberland, psychiatre de l’hôpital Sacré-Coeur et professeur à l’Université de Montréal, si le militaire s’avère coupable des crimes qui lui sont reprochés, ce cas sera «fascinant» à analyser. Vous trouverez un article intéressant ici, d’où est tiré l’énoncé suivant:
«Un malade ne peut être tenu criminellement responsable de ses gestes alors que les personnes aux prises avec un trouble de personnalité le peuvent. Et la limite n’est pas toujours claire. Quand c’est un trouble de personnalité, explique-t-il, un individu peut assouvir ses besoins tout en gardant son intelligence pour le faire, sans que ça ne touche les autre sphères de sa vie. Il est capable de mieux contrôler ses pulsions, de planifier et d’organiser. »
Bien qu’on lui reproche des crimes odieux, je ne peux m’empêcher de trouver cette affaire fascinante. J’ai très hâte d’avoir plus d’informations et de connaître l’analyse que les divers spécialistes produiront de Russell Williams. Ce qui me fascine, c’est de savoir comment s’est actualisé l’agir délictuel. Comment le cerveau d’un criminel a été construit pour en venir à commettre des délits. Je trouve ça fascinant de comprendre le mécanisme de la pensée des délinquants. Mais en revanche, les crimes, eux, ne me fascineront jamais.
La Criminologue



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