Twitter FaceBook
Home

Aurore l’enfant martyre

May
19
La Criminologue

On apprend dans un article paru ce matin sur Cyberpresse que Chantal Mercier et Errol Jean, le couple qui vivait au-dessus de l’appartement que partageaient Stéphanie Meunier et son conjoint, entendait “chaque jour des cris et des claquements de porte” provenant de l’appartement de Stéphanie Meunier. Selon madame Mercier, les cris étaient ceux d’un enfant et d’une femme. Le 6 décembre 2008, le jour de la mort du petit Jérémy Bastien-Perron, l’ex-voisine de Stéphanie Meunier a rapporté lors du procès qu’elle a encore une fois entendu des cris colériques provenant de l’appartement du dessous, “comme une grosse chicane, une grosse bataille” se déroulant entre une femme et un enfant.

Le couple Jean-Mercier n’a jamais appelé la police ou signalé la situation à la Direction de la protection de la jeunesse. Voici l’explication que monsieur Errol Jean a donné au jury: «Je ne me mêle pas des affaires des autres. Je ne savais même pas qu’il y avait cinq enfants en bas».

C’est dommage, mais bien des gens ne signalent pas des situations de maltraitance à la DPJ. Cependant, en vertu de la Loi sur la protection de la jeunesse, (LPJ) toute personne qui a:

“un motif raisonnable de croire que la sécurité ou le développement d’un enfant est considéré comme compromis au sens des paragraphes d) (abus sexuels) et e) (abus physiques) du deuxième alinéa de l’article 38 (de la Loi sur la protection de la jeunesse) est tenue de signaler sans délai la situation au directeur (de la protection de la jeunesse, à la DPJ autrement dit).”

D’ailleurs, selon l’article 39.1 de la LPJ, toute personne doit signaler les situations d’abus sexuels et physiques à la Direction de la protection de la jeunesse, et ce, sans égard aux moyens qu’auraient pris les parents pour mettre fin aux abus. Par exemple, vous savez que votre nièce a été victime d’attouchements par sa gardienne, mais les parents ont immédiatement cessé de la faire garder par celle-ci. Même si la situation de compromission a cessé, vous devez faire un signalement, c’est la loi. Aussi, tout professionnel qui prodigue des soins ou toute forme d’assistance à des enfants dans le cadre de ses fonctions, ou toute personne travaillant dans un établissement (policier, enseignant, personnel en milieu de garde) doit signaler toutes les situations de compromission, pas seulement les abus sexuels ou physiques. En vertu de l’article 38 de la LPJ, voici d’ailleurs les situations ou la sécurité ou le développement d’un enfant sont ou puissent être compromis: a) abandon, b) négligence (physique, au plan de santé ou au plan éducatif, c) mauvais traitement psychologiques (indifférence, dénigrement, rejet affectif, exposition à la violence conjugale), d) abus sexuels (gestes à caractère sexuel, avec ou sans contact physique), e) abus physiques (sévices corporels, méthodes éducatives déraisonnables), f) troubles de comportement sérieux (si l’enfant agit de manière à porter atteinte à son intégrité physique et/ou psychologique ou à celle d’autrui).

Je suis d’avis que le couple Jean-Mercier, ou tout autre voisin de l’immeuble témoin malgré lui des cris, chicanes et altercations se déroulant dans le logement de Stéphanie Meunier, aurait dû signaler la situation à la Direction de la protection de la jeunesse, même si personne n’était certain qu’il s’agissait réellement de maltraitance physique. Toutefois, le fait que la voisine du logement au-dessus rapporte les termes “comme une grosse chicane, une grosse bataille” se déroulant entre une femme et un enfant me porte à croire que par déduction, il y avait de bonnes chances que ce soit de la maltraitance physique. Par ailleurs, l’Association des centres jeunesses du Québec indique que, peu importe de quel type de maltraitance il s’agit:

“Lorsque vos observations ou les propos de l’enfant vous donnent des motifs raisonnables de croire que sa sécurité ou son développement est compromis, FAITES un signalement.”

Trop de gens se ferment encore les yeux sur la maltraitance que vivent les enfants en besoin de protection. Certains disent que ce n’est pas de leurs affaires, ne veulent pas se mêler de l’éducation des autres, ont peur des représailles, craignent que les enfants ne soient placés (pourtant le placement des enfants constitue une mesure d’exception, la DPJ privilégie le maintien de l’enfant dans sa famille). Cependant, pendant qu’ils n’agissent pas, ces enfants continuent d’être victimes de mauvais traitements. La protection des enfants est l’affaire de tous; il faut signaler les situations où nous nous doutons que la sécurité ou le développement d’un enfant puissent être compromis. Le signalement se fait dans la confidentialité et même si vous n’êtes pas tout à fait certain que l’enfant se trouve réellement en situation de compromission au sens de la loi, c’est-à-dire que sa sécurité et son développement seraient compromis, ce sont des intervenants qui le détermineront. Voici d’ailleurs un document produit par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse dans lequel on retrouve des exemples de genre de situations où la sécurité ou le développement d’un enfant sont ou pourraient être compromis. Aussi, cela ne signifie pas que si un de vos signalements n’est pas retenu immédiatement, faute de preuves pour le faire, qu’il ne le sera pas la prochaine fois. Au moins, le signalement demeurera dans le système informatique et lorsqu’un prochain signalement surviendra, l’intervenant sera d’autant plus vigilant s’il y a déjà eu un signalement par le passé.

La protection des enfants est une affaire collective, c’est de notre devoir de dénoncer les situations où ils sont maltraités. Cela permet bien souvent de corriger le tir et éviter que la situation ne se reproduise. Pour avoir travaillé à la Direction de la protection de la jeunesse, j’ai été témoin de l’épanouissement de bien des enfants et également de leurs parents. Accepter la présence d’un travailleur social dans sa vie n’est pas chose facile, mais je peux vous dire que de belles réussites, il y en a. Vous seriez surpris du nombre de parents et d’enfants qui nous remercient au bout du compte. Si on peut éviter qu’un malheur comme dans le cas d’Aurore l’enfant martyre ou le petit Jérémy Bastien-Perron ne survienne, signalons leur situation. Je ne suis pas en train de dire que c’est la faute des voisins, ou toute autre personne au courant de la situation, si ces deux enfants sont décédés. Toutefois, peut-être que la situation aurait pris une tangente différente, peut-être pas, nous ne le saurons malheureusement jamais.

Signaler une situation de maltraitance envers un enfant c’est de lui venir en aide. Parce que les enfants constituent notre avenir, soyons là pour les protéger.

La Criminologue

La Criminologue
11:29
 
Apr
20
La Criminologue

On peut lire ici une histoire sordide de maltraitance d’une mère envers ses enfants. Âgée de quarante-quatre ans, la mère de huit enfants fait face à 14 chefs d’accusation de voies de fait, voies de fait graves et menaces de mort et son procès a débuté hier au Palais de justice de Montréal.

Selon les dires de sa fille de dix-sept ans, la dame aurait frappé au moins un de ses enfants à chaque jour et aurait même tenté de la noyer sur la grève du parc Bellerive, en 2007. Toujours selon l’adolescente, sa mère consommerait régulièrement de l’alcool et de la marijuana et l’aurait déjà obligée à manquer l’école pour s’occuper de ses frères et soeurs, encore bébés, et à faire le ménage alors qu’elle était en état de crise. Qui plus est, sa mère l’aurait souvent traitée de «chienne», «vache», «salope» et «pute», ce qui l’aurait amenée à avoir des pensées suicidaires. Sa soeur aînée, quant à elle, affirme que sa mère l’a un jour frappée à un point tel qu’elle en a eu le pied cassé. En guise de cadeau d’anniversaire, à l’occasion de ses dix-huit ans, elle aurait reçu de sa mère un coup de poing en plein visage.

Pourquoi la Direction de la protection de la jeunesse n’a pas intervenu plus tôt dans cette famille? L’adolescente de dix-sept ans explique que la fratrie avait déjà été questionnée par des intervenants de la DPJ par le passé, mais chacun affirmait alors qu’il ne se passait rien d’inquiétant dans leur famille. Voici d’ailleurs ce que je la jeune fille rapporte à propos des avertissements de sa mère à ce propos:

«Ma mère nous disait tout le temps que ça allait être pire si ont était placés par la DPJ, qu’on se ferait violer, pis abandonner dehors en plein hiver»

On comprend que les enfants auraient vécu dans un climat de terreur, chapeauté par la loi du silence..

Bien des gens croient, à tort, que le mandat de la DPJ est de retirer les enfants de leur famille. En fait, notre mission est de mettre un terme à la situation de compromission, faisant en sorte que la sécurité ou le développement d’un enfant est ou peut être compromis, et ensuite en prévenir la récurrence. Toutes nos interventions doivent tendre à maintenir l’enfant dans son milieu naturel autant que possible.

Alors de grâce, lorsque vous croyez que la sécurité et le développement d’un enfant est compromis, faites un signalement. Votre identité est confidentielle et des intervenants dûment formés détermineront s’il y a lieu de poursuivre l’investigation ou non. Même si vous vous sentez impuissants face à la détresse que peut vivre un enfant, vous aurez contribué à la protection de ce dernier en demandant à des autorités compétentes d’évaluer sa situation et de la prendre en charge. Et n’oubliez pas, selon la Loi sur la protection de la jeunesse, tout le monde a le devoir de signaler des situations d’abus sexuels et/ou physiques. Si la DPJ était intervenue plus tôt dans cette famille, j’ose croire que les dégâts auraient pu être beaucoup moins sévères pour les enfants. Je tiens d’ailleurs à leur souhaiter de passer au travers le procès de leur mère sans trop d’égratignures.

La Criminologue

***

Vous pouvez cliquer ici pour obtenir les coordonnées afin de faire un signalement.
La Criminologue
20:33
 
Jan
28
La Criminologue

Il est possible de passer une nuit en prison sans détenir de casier judiciaire. 

Comment? 

En tentant l’expérience Une nuit en prison à la vieille prison de Trois-Rivières, qui a été fermée en 1986 et qui est classée monument historique.  Vous allez apprendre plein d’informations sur la prison en tant que tel, les règles de l’établissement comme les rites d’initiation, entre autres, et tout sur la vie en prison.

Une de mes collègues s’est prêtée à l’expérience et à ce qu’elle m’a raconté, tout le monde aurait vraiment apprécié.  On y retrouve aussi le Musée québécois de culture populaire tout juste à côté, où vous pouvez assister à l’exposition de Québec en crimes, qui détaille l’histoire criminelle du Québec ainsi que les cas ayant été le plus médiatisés.  J’y reviendrai plus tard.

En ce qui concerne la nuit en prison à proprement dit, vous arrivez, la nuit tombée,  et vous êtes «enfermés» par les guides, qui sont des ex-détenus, dans une cellule commune en attendant d’aller prendre vos empreintes et votre photo de détenu, qui serviront à constituer votre dossier.  Il vous sera remis le lendemain avec la mention «libéré», si on vous octroie une libération, bien entendu.. ;)  

 S’en suit une visite guidée de la prison, qui a conservé son cachet d’antan (sa construction date de 1822).  On peut être témoin des conditions de détention misérables, qui pourtant, sont encore bien présentes à travers le monde.

Voici en premier lieu une aile, ou une wing, comme on le dit dans le jargon.

Voici le trou.  En général, on y envoit les détenus qui peuvent menacer leur propre sécurité, celle d’un co-détenu ou celle d’un membre du personnel. Voyez comme ça semble chaleureux..  J’ai déjà fait des entrevues post-suspension dans le trou, mais ça n’avait rien à voir avec ce qu’on voit là.  D’ailleurs, je vous avait promis que je vous raconterais.. à suivre.

Les toilettes.  Pas celles que vous allez utiliser au cours de votre nuit en prison là!  Celles que les détenus utilisaient à l’époque.  Hé non, je ne me suis pas trompée de photo, c’est le sceau en métal..

Et où vidait-on les sceaux quand ils étaient pleins?  Dans le plancher grillagé voyons!  Inutile de dire que l’odeur devait être assez désagréable, surtout en pleine canicule..

Voici les parloirs, bien différents de ceux que l’on retrouvent aujourd’hui dans les prisons et les pénitenciers.

Ici on retrouve la cellule des condamnés à mort.  Parce qu’on pratiquait la peine capitale dans cet établissement, je vous montrerai ensuite des signes caractéristiques à l’architecture qui permettent de l’affirmer.  On peut lire sur le mur «J’ai aimé, j’ai souffert.  Maintenant, je haïs.»

Avez-vous remarqué la corde en forme de cerle en haut de la porte principale de la prison sur la 1ère photo?  Ça signifie que l’établissement pratiquait la peine de mort par pendaison.  Sur la photo suivante, l’orifice qui a été bouché était en fait l’endroît où les détenus condamnés à mort étaient pendus.

Ensuite, c’est le temps d’aller dormir et pas question de manquer de discipline, sinon le gardien viendra vous rappeler à l’ordre!  J’exagère!  Ma collègue m’a dit qu’ils ont été hyper généreux de leur temps et super sympatiques.  Et puis c’est pas comme si vous aviez une vraie peine de détention à purger!  Vous pouvez aller et venir comme vous voulez. Voici l’endroit où vous passerez la nuit et la photo du gardien, un peu tanné qu’une gang de filles placote jusqu’aux petites heures du matin!

La visite de l’exposition Québec en crimes, qui se fait le lendemain matin,  a également été fortement appréciée.  On y retrouve une panoplie d’objets provenant des enquêtes judiciaires les plus populaires du 20e siècle, telles que ceux ayant appartenu à Monica la Mitraille, Moïse (Roch Thériault), Aurore l’enfant martyre, ceux reliés au Temple solaire, le Caporal Lortie, Jacques Mesrine..

Voici des objets ayant servi à torturer la pauvre petite Aurore, surnommée avec raison, l’enfant martyre.

Et ensuite, vous avez votre libération conditionnelle et vous pouvez partir! 

Si vous voulez visiter la vieille prison de Trois-Rivières et/ou le musée sans y passer la nuit, c’est également possible et c’est très peu dispendieux.  Mais je vous conseille la totale, surtout si vous êtes étudiants dans le domaine, il paraît que c’est extrêmement enrichissant.  Je vais essayer de convaincre mon monde et je vous en redonne des nouvelles.  J’ai bien envie de vivre cette expérience, peut-être que ça me permettra de comprendre davantage ce que la clientèle peut vivre et ressentir d’évoluer dans un tel établissement, même si les conditions ont beaucoup changé.

Un gros merci à ma collègue S/A, qui m’a fourni de précieuses informations et toutes les photos qui se trouvent dans cet article.

Pour de plus amples informations:

VIEILLE PRISON DE
TROIS-RIVIÈRES

ET MUSÉE QUÉBÉCOIS
DE CULTURE POPULAIRE
200, rue Laviolette
Trois-Rivières (Québec) G9A 6L5
Téléphone : (819) 372-0406
Télécopieur : (819) 372-9907
info@enprison.com

La Criminologue

La Criminologue
13:10
 
La Criminologue
La Criminologue
Subscribe RSSLa Criminologue
 
La Criminologue
Qui est la Criminologue?

Une femme passionnée d'intervention désirant clarifier certains mythes quant à la profession de criminologue. Elle désire aussi partager des anecdotes du métier et sur le plan personnel aussi. Le plus souvent cocasses, elles permettent d'illustrer quelques exemples de ce qu'un criminologue peut vivre au quotidien et surtout, de démontrer qu'elle ne se prend pas au sérieux!

Pour me joindre: lacriminologue@live.fr

La Criminologue