Twitter FaceBook
Home
La Criminologue
Sep
2
La Criminologue

3. On a un nécessairement un parti pris pour les criminels

Euh… non. Ce n’est pas parce que je travaille avec des criminels que je vais défendre leurs intérêts dans toutes les circonstances. Je n’approuve pas Guy Turcotte dans les gestes qu’il a posés et n’ai pas sauté de joie quand le verdict de non-responsabilité criminelle est tombé. Mon travail me permet d’analyser la scène judiciaire avec un oeil différent parce que les délinquants constituent une clientèle avec laquelle je travaille depuis quelques années et que je connais somme toute assez bien. Je connais les caractéristiques de tel type de délinquant, les distorsions cognitives qui peuvent amener certains à adopter tel ou tel comportement, je sais bien cerner les enjeux que comportent un parcours dans le système judiciaire. Ceci dit, ce n’est pas parce que je trouve que certains sont sympathiques que dans n’importe quelle cause judiciaire je vais “prendre pour le criminel”. Le pire c’est que certaines personnes croient ça! Ce serait de mélanger les affaires et aussi très subjectif. C’est sûr que les avocats criminalistes défendent les intérêts de leurs clients, alors il est vrai de dire que durant les procédures judiciaires, ils ont en quelque sorte un parti pris. Sinon, ils ne seraient pas de bons avocats. Cependant, cela ne signifie pas que dans toutes les circonstances ils ne jurent que par les criminels et endossent leur conduite, bien au contraire.

Durant le procès de Claude Larouche, quelqu’un m’avait demandé ce que je pensais de la cause. Je n’ai même pas eu le temps de répondre à la question que la personne m’a dit: “J’imagine que dans ton travail, c’est de prendre un peu pour le criminel. Trouves-tu qu’il fait pitié?”

Si je trouve qu’il fait pitié?? Est-ce que c’est une vraie question?! Comment je pourrais trouver qu’il fait pitié? Agresser sexuellement une femme et l’assassiner ne fait naître chez moi aucun sentiment de pitié, ni quelconque sentiment d’empathie. Qu’on me congédie et m’interne sur-le-champ si c’était le cas! Des actes de la sorte ne devraient JAMAIS exister. Oui, ça m’est déjà arrivé d’éprouver du désolement pour certains clients, mais sans égards à ce qu’ils ont commis. Que ce soit un meurtrier, fraudeur, voleur de banque, je ne peux m’empêcher de trouver ça plate quand un de leur proche décède, quand leurs enfants décident de les renier, quand on leur diagnostique une maladie grave, quand certains meurent subitement.

Mais d’approuver une conduite criminelle, jamais,

La Criminologue

La Criminologue
11:43
La Criminologue

4 Responses to “Travailler avec des criminels ne signifie pas qu’on approuve leurs crimes (prise 3)”

  1. Superjosie says:

    Moi aussi ça m’arrive de me faire dire ça, que je “prends” pour eux. Eh bien, je leur répond que bien souvent, quand on connaît tout le passé du délinquant en face de nous, ça me permet de mieux comprendre pourquoi il en est arrivé là. Mais, de là à approuver des délits, non!

    De toute façon, ce n’est pas parce que quelqu’un a eu une enfance difficile qu’il peut se permettre de commettre toutes sortes de délits, mais ça me permet de comprendre que parfois, c’est une suite logique d’une vie “difficile”. Parfois, c’est un mauvais choix. Quand un délinquant se “victimise” comme quoi c’est la faute de la Vie, de Dieu, son père, sa mère, qu’il est devenu délinquant, je leur raconte cette petite histoire;

    Je connais 2 gars. Deux frères. Ils ont vécu dans un 4 et demi dans un quartier défavorisé avec leur mère qui souffrait de dépression et psychoses et un père alcoolique qui ne rentrait pas une fois sur deux. Puis, un jour, lorsque les frères avaient 10 et 12 ans, ce père a sacré le camp, laissant la mère seule avec eux. Le plus vieux des frères, qu’on appellera Simon, a donc décidé d’aller travailler au dépanneur du coin pour aider sa mère à payer le loyer et dépenses courantes. Tout le long de son secondaire, il travaillait tous les soirs et toutes les fins de semaine, et ce, jusqu’à ce qu’il finisse son secondaire 5. L’autre frère pendant ce temps-là, fumait du pot tout seul dans sa chambre en jouant de la guitare. Aujourd’hui, Simon est avocat en droit international et son frère n’a jamais travaillé et a des problème de justice. Quand on demande à Simon comment il a fait pour en arriver là, il répond: “je n’avais pas le choix, c’est ce que je devais faire”. Et quand on demande à son frère pourquoi il est délinquant, il répond: “je n’ai pas eu le choix, c’est ce que je devais faire….”

    Fin de la petite morale ;)

    • “De toute façon, ce n’est pas parce que quelqu’un a eu une enfance difficile qu’il peut se permettre de commettre toutes sortes de délits, mais ça me permet de comprendre que parfois, c’est une suite logique d’une vie “difficile”. ” : Tout à fait!

      Votre petite morale est très intéressante, j’espère qu’elle fait son chemin dans la tête de ceux à qui vous la racontez!

  2. Nuage says:

    Je ne crois pas non plus qu’un criminaliste soit du côté des criminels et c,est important votre travail …

    Mais votre article me fait penser a un cousin qui est avocats et il s’est offusqué par ce que pour moi un pédophile et assassins comme le cas de Monsieur Turcotte ses actes étaient monstrueux … alors que lui parlaient que souvent ses personnes avaient eu des enfances malheureuses .. voir si tous ceux qui ont eu une enfance malheureuse faisaient des crimes horribles … Je peux comprendre qu’il y a des actions et des réactions .. qu,un esprit peut etre embrouillé mais cela ne justifie pas de violer et tuer un enfant, un adulte

    Un moment donné la majorité des gens ont quand meme si peut soit-il une conscience et qu’ils choissient le bon ou le mauvais .. au lieu de poursuivre une thérapie ils plongent vers les crimes .. c’est un choix qui doit avoir des conséquences séveres …

    Il m’a traité de sans coeur … ben voyons .. les victimes qui survivent eux auront des séquelles toutes leur vie ainsi que leur proches .. et c’est moi qui serait sans coeur ..

    En tout cas je n’aurais jamais l’étoffe d’un avocat .. a défendre des criminels

    • Ce qu’on essaie souvent de mettre en lumière, ce sont des explications pour les crimes commis, pas des excuses. Les gens confondent souvent les deux et c’est une nuance capitale dans notre travail. Ce n’est pas parce qu’on comprend pourquoi quelqu’un commet un crime qu’on approuve ou excuse ses gestes.

Leave a Reply

Subscribe RSSLa Criminologue
 
La Criminologue
Qui est la Criminologue?

Une femme passionnée d'intervention désirant clarifier certains mythes quant à la profession de criminologue. Elle désire aussi partager des anecdotes du métier et sur le plan personnel aussi. Le plus souvent cocasses, elles permettent d'illustrer quelques exemples de ce qu'un criminologue peut vivre au quotidien et surtout, de démontrer qu'elle ne se prend pas au sérieux!

Pour me joindre: lacriminologue@live.fr

La Criminologue