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Mar
24
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Il y a un préjugé entourant les criminologues; celui d’être du «bord» des délinquants. C’est vrai qu’en majorité, les criminologues travaillent avec une clientèle délinquante, mais nous avons tout autant à coeur le bien-être et les droits des victimes d’actes criminels.

En écoutant l’émission Toute la vérité, diffusée sur les ondes de TVA, cette semaine, j’ai eu envie d’écrire un article sur le sujet. Je vous résume brièvement ce qui s’est passé: Me Régimbald, un jeune avocat pas du tout à son affaire, a oublié d’appeler la victime d’un vol de dépanneur à la barre afin qu’il raconte son témoignage au juge. Il a passé toute la journée à attendre au palais de justice et s’est finalement présenté à la Cour après que l’accusé ait été condamné. Me Régimbald avait même laissé tomber l’accusation du vol qualifié (vol avec violence) pour gagner du temps dans les négociations avec l’avocat de la défense (dans le jargon on appelle ça du plea bargainning). On pouvait voir toute la déception de la victime et elle a dit une phrase qui m’a marquée: 

- «Je suis venu ici pour tourner la page Me Régimbald. Mais vous ne l’avez pas tournée, vous l’avez déchirée.»

La patronne du jeune avocat lui a passé tout un savon en lui disant que les procureurs de la Couronne sont là pour les victimes, parce que bien souvent, témoigner devant le juge les aide à surmonter ce qu’ils ont vécu.

Bien que ce processus soit effectivement thérapeutique pour les victimes d’actes criminels, il est faux d’affirmer que les procureurs de la Couronne défendent les victimes. Cela constitue un mythe répendu de notre système judiciaire. En fait, je vais être honnête, les victimes d’actes criminels ont bien peu de droits dans notre système de justice et la place qui leur est accordée est minime, surtout comparativement aux délinquants.

Pourquoi?

Au Moyen-Âge, le système pénal insistait beaucoup sur l’indemnisation des victimes, qui occupaient une place importance au sein de ce système. Cette époque était appelée «L’âge d’or des victimes».  Peu à peu, autour du 12e siècle, l’État a commencé à intervenir dans les poursuites, de sorte que le système de justice pénal s’est transformé: c’était maintenant l’État contre le délinquant. Vous avez sûrement entendu l’expression «La Reine contre (insérez le nom de n’importe quel accusé)». Le coupable devait maintenant payer sa dette à la société; exit la vicitme et l’indemnisation de cette dernière.

Cependant, sans les victimes, beaucoup d’actes criminels ne seraient pas dénoncés puisque ce sont elles qui portent plainte. Elles perdent ensuite le pouvoir sur la suite des choses. Et bien souvent, même si témoigner leur fait du bien, cela amène une deuxième victimisation. Effectivement, elles ont à revivre, une fois de plus, les évènements qui les ont bouleversées. 

Dans un autre ordre d’idées, les droits des victimes ont peu de garanties juridiques:

«En 1999, en Ontario, deux victimes entamèrent une poursuite civile contre la Province parce que le procureur n’avait pas respecté les droits que la loi provinciale leur donnait. Elles perdirent leur procès, le juge indiquant que les droits des victimes ne sont pas des droits.» 1

Certes, les victimes d’actes criminels ont fait des acquis considérables depuis les dernières années, je vous invite à consulter notamment cette mine d’informations concernant les droits, les recours et les ressources des victimes d’actes criminels. Néanmoins, il n’en demeure pas moins que beaucoup de chemin reste à faire en ce sens.

Ça vous a surpris qu’une criminologue défende les victimes? Ça ne devrait pas. Notre travail est de, justement, faire en sorte de prévenir la criminalité ainsi que les récidives criminelles. Par ailleurs, dans un article intitulé La justice ment (j’ai d’ailleurs rédigé un article moi-même en ce sens ici), Pierre-Hugues Boisvenu affirmait:

«Toute la formation des criminologues dans les universités canadiennes et québécoises a été contaminée par le fantasme de la réhabilitation. Punir est mal, comprendre est bien et réhabiliter est l’antithèse de l’incarcération.»

L’article laissait malheureusement supposer que nous sommes beaucoup moins sensibles aux besoins des victimes qu’à ceux des délinquants. J’espère vous avoir aujourd’hui démontré le contraire.

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[1] Wemmers, Jo-Anne. Introduction à la victimologie, Les presses de l’Université de Montréal, Montréal, 2003, page 25.
Je vous invite à faire appel aux services des Centres d’aide aux victimes d’actes criminels (C.A.V.A.C.), qui sont gratuits et confidentiels, peu importe que l’auteur du crime soit connu, poursuivi et/ou condamné. Plus précisément, ils offrent des services d’accompagnement, d’intervention (post-traumatique, psychosociale et judiciaire), de renseignements sur les recours et les droits et l’orientation vers les services adaptés. Qui plus est, les victimes d’actes criminels peuvent recevoir des indemnisations, dépendament de leur situation. Pour ce faire, je vous invite à consulter le site Internet de l’Indemnisation des victimes d’actes criminels (I.V.A.C.), on y trouve même les formulaires pour effectuer une demande de prestations.
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25 Responses to “Les victimes d’actes criminels”

  1. S/A says:

    Je ne crois pas que nous soyons moins sensibles aux victimes que nous le soyons envers les délinquants. Le fait est selon moi, c’est que comme nous n’avons pas de contact avec les victimes, mais uniquement avec le délinquant, nous nous concentrons sur la réabilitation de celui-ci. Dans les faits on s’assure au meilleur de nos possibilités qu’il n’y aura plus de victime. Je trouve que c’est un mal pour un bien de ne pas être en contact avec les victimes, car la séparation entre l’intervention à faire avec le criminel pourrait devenir plus confuse. Dans le sens qu’il pourrait être plus difficile de travailler avec un judiciarisé, si nous avions une connaissance direct de la souffrance que ses actes ont eût dans la vie des victimes.

  2. L'intervenant says:

    Voila exactement pourquoi j’adore lire ton blog. Tu as le don de parler des vrais choses et d’une manière hyper objective. Effectivement, les victimes sont souvent abandonné par le système. Si on leur accorderait plus d’importance et de soutiens, il y aurait probablement plus de dénonciation et ça aiderait bien des causes. Je crois personnellement que ça engendrerait un surplus de travail pour nos juges et avocats et que c’est pour cette raison qu’on ne fait pratiquement rien pour les victimes. Merci la criminologue pour ton article fort intéressant.

  3. Mr-Pink says:

    Qu’en est il de la question de la justice réparatrice? C’est quoi en fait?

    • Voici intégralement la définition de justice réparatrice selon le Ministère de la Justice (http://www.justice.gc.ca/fra/pi/cpcv-pcvi/rep-res.html)

      «La justice réparatrice est une des réponses possibles aux actes criminels qui est axée sur le tort subi par la victime et la collectivité. Ce principe est fondé sur le fait qu’un acte criminel est une violation des rapports entre des individus mais aussi un crime contre tous, c’est-à-dire contre l’État.

      Les programmes de justice réparatrice font participer volontairement la victime de l’acte criminel et le délinquant et, idéalement, les membres de la collectivité à certaines discussions. L’objet visé est de « rétablir » les liens, de réparer les dommages et d’empêcher la personne de récidiver.

      Dans le cadre du programme, le délinquant doit reconnaître le mal qu’il a fait, accepter la responsabilité de ses actes et participer activement au redressement de la situation. Le délinquant doit faire réparation à la victime, à lui-même et à la collectivité.»

      Je ne connais pas les statistiques pour ce qui est de la pratique, mais je te dirais que je n’ai rarement côtoyé des ex-détenus qui avaient participé à ce programme.

  4. Raph says:

    Nous venons d’avoir la preuve qu’il n’y a pas beaucoup de justice pour les victimes d’actes criminels avec le jugement rendu aujourd’hui de peine a purger la fin de semaine, de 90 jours, pour l’homme qui a agressé un jeune homme a la sortie d’un bar. Il était dans le coma, a eu une comossion cérébrale et a besoin de thérapies…. où est la justice dans toute cette histoire là…

  5. DJinny says:

    Quand on parle d’enfants, on parle toujours d’insister sur le renforcement positif, de ne pas trop donner d’attention aux fautifs… Je trouve ça dommage qu’on fasse le contraire, dans la société adulte… Les médias, le sensationnalisme qu’ils créent font tout renverser…
    J’espère sincèrement que les choses vont changer pendant ma vie! ou du moins celle de mes flos à moi!
    xx

    • C’est vrai que c’est drôle qu’on fasse le contraire. J’espère que tu pourras voir des changements dans ta propre vie, c’est toujours mieux de le voir ”live” selon moi.

  6. Lily says:

    Que j’aime te lire. Même si je suis une néophyte, j’ai vraiment l’impression d’en apprendre beaucoup sur notre système de justice, sans que ce soit pour autant subjectif. Tu as réussi à démontrer que les criminologues ont aussi à cœur l’intérêt des victimes.

  7. Martine says:

    Ouf! J’en ai eu long à rattraper pendant que j’etais en voyage! Toujours aussi intéressant tes billets. Tu vois, moi j’avais l’impression que la Couronne défendait les victimes. Je comprends mieux maintenant, je vais me coucher moins niaiseuse ce soir!

  8. Eric Poulin says:

    Ah finalement un post où j’ai un certain bémol dans mon appréciation… ;)

    Il est peut-être faux de penser que le rôle premier des procureurs de la couronne sont de défendre les victimes, mais il est tout autant de dire que ce n’est pas le cas.

    Effectivement, le procureur de la couronne à pour but, par définition, de veiller au respect de la loi et de s’occuper des intérêts de la Couronne et des ministères dans tout litiges, mais ils sont aussi responsable de la grande majorité des poursuites en lien avec le code criminel.

    On s’entend que les procureurs ne sont pas là pour défendres l’intérêt “direct” des victimes, au sens où ce ne sont pas leurs intérêts qui prévaut mais bien ceux de la justice. Dans ces causes, c’est la “Couronne” qui poursuit, et non pas la victime. Lorsqu’une victime veut réparation, elle doit évidement se tourner vers les petites créances ou la cour supérieure.

    Tout de même, la réalité est que la majorité des procureur ont à coeur l’intérêt des victimes, et travail en ce sens. Également, en 2000 le ministère de la Justice à mis en place en 2000 le Bureau des Services Conseils dont le but est de conseiller les policiers dans leurs actions mais en ayant à coeur le droit des citoyens et des victimes.

    Bien que vous n’ayez pas tord sur les rôles principaux, j’ai la conviction que sur le fond, les procureurs de la couronne sont tout aussi sensible aux besoins des victimes ainsi qu’a l’application de la justice.

    • Eric Poulin says:

      “Bémol dans l’appréciation” se voulait “Désaccord!” :)

    • Bonjour Éric, je suis suis d’accord avec toi à savoir que la Couronne a tout aussi à coeur de répondre aux besoins des victimes, mon objectif n’était pas de laisser penser le contraire. Simplement, je voulais clarifier le mythe que la Couronne représente la victime, qui est assez courant je dirais. Les victimes ont une petite place dans notre système de justice, mais heureusement, elles font de plus en plus d’acquis et j’espère qu’elles pourront prendre la place qui leur revient dans le système pénal.

  9. Véronique Robert says:

    Même nous, avocats/es de la défense, nous nous soucions des victimes.

    La morale de cette histoire: Cette émission est merdique.

    • Je m’en doute bien, Véronique, que tous et chacun se soucient des victimes. C’est ainsi que leur cause peut avancer, à mon avis. Tu n’aimes pas l’émission Toute la vérité? hehe! Ma soeur me disait qu’elle avait relevé certaines erreurs dans la pratique, les expressions utilisées. Moi qui ne suit pas une experte en droit criminel, est-ce que tu trouves que c’est effectivement le cas?

  10. Raph says:

    C’est vrai que l’émission donne une mauvaise image aux procureurs de la défense… Le souvenir qu’on en garde, c’est qu’ils défendent les méchants et veulent seulement la plus petite peine, un point final… et qu’ils sont corrompus (avec la mafia, dans l’émission je crois?) enfin, ce côté de l’émission est certainement pas super, je suis tout à fait d’accord avec Véronique Robert.

  11. msfkat says:

    Encore là, il ne faut pas oublier que c’est de la télé, du fictif! Pour permettre aux auteurs d’aller chercher un auditoire, ils doivent aller dans le sensationnalisme un brin, sinon ils courent à leur perte! Il s’agit de faire la différence entre la télé et la réalité. Et je peux vous affirmer que souvent la réalité est tout autre!

  12. [...] This post was mentioned on Twitter by La Criminologue. La Criminologue said: Les victimes d'actes criminels – http://bit.ly/9ebK9j [...]

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Une femme passionnée d'intervention désirant clarifier certains mythes quant à la profession de criminologue. Elle désire aussi partager des anecdotes du métier et sur le plan personnel aussi. Le plus souvent cocasses, elles permettent d'illustrer quelques exemples de ce qu'un criminologue peut vivre au quotidien et surtout, de démontrer qu'elle ne se prend pas au sérieux!

Pour me joindre: lacriminologue@live.fr

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