Détails sur la profession
Dans le milieu, on dit souvent qu’on exerce une “job à burnout” en raison du stress quotidien, de la lourdeur de la clientèle et de la charge de travail élevée. On connais de près ou de loin un collègue qui a dû se retirer pour cause de dépression ou d’épuisement professionnel et c’est inquiétant quand on s’y attarde. Néanmoins, on tente de plus en plus de conscientiser les intervenants en début de carrière afin de réduire les chances de souffrir de tels maux. Je me souviens même qu’à l’université, un cours portait précisément sur les pièges du métier et sur l’importance de faire attention à soi en tant qu’intervenant. Puisque nous sommes, nous et notre capacité d’analyse et d’intervention, notre principal outil de travail. Si on tombe, nous nous causons premièrement du tort, mais nous ne sommes plus en mesure d’intervenir efficacement et accueillir l’autre dans sa souffrance.
Comme il m’arrive de superviser des stagiaires, je donne toujours comme conseils d’être indulgents envers eux-mêmes et de ne porter leur manteau d’intervenant qu’au travail. Pour illustrer cette métaphore, imaginons que le manteau de l’intervenant est imperméable aux remarques et critiques désobligeantes et crée une barrière avec la clientèle. On l’enfile à notre arrivée, mais il ne faut pas oublier de l’accrocher quand on quitte le soir. Ce qui signifie que nous faisons une coupure avec le monde du travail à partir de ce moment. Il est facile de se laisser envahir par notre emploi: il est arrivé à plusieurs d’entre nous de s’avancer ou de “closer” notre semaine durant le weekend, de ventiler lors de nos 5 à 7 entre collègues, voire même de rêver à notre emploi ou à des situations s’y étant produites. Cependant, si on ne fait pas attention, on se réveillera un matin avec le goût amer d’être envahi par notre boulot et être mentalement épuisé d’exercer notre métier. Je conseille toujours d’investir les sphères autres que celle du travail. En adoptant un équilibre entre ses diverses sphères de vie et en ayant un cercle social, des intérêts et des activités qui ne sont pas nécessairement associées à la criminologie permet, à mon avis, d’être un intervenant plus équilibré et davantage disposé à être ouvert à l’autre. C’est parfois difficile dans un milieu où on ne commence jamais en décrochant un poste permanent et où on doit faire ses preuves pour percer. Ceci dit, je crois qu’il est quand même possible de bien performer au travail, sans pour autant compromettre sa santé physique et mentale. En ce sens, il est important de respecter son horaire de travail: il ne faut pas travailler sans compter les heures, sous prétexte qu’on doit faire nos preuves. Tout ce que vous récolterez sera de la frustration de toujours être au boulot, en plus d’être épuisé. Il faut savoir bien gérer ses priorités et quitter le bureau, autant que possible, à l’heure prévue.
Il est également normal de faire de nos collègues de travail nos amis. Après tout, nous avons souvent les mêmes intérêts et partageons la même passion pour le domaine social. Le piège dans lequel beaucoup, y compris moi à l’occasion, tombons est de parler du boulot lorsque nous sommes à l’extérieur du travail. Je sais, vous me direz que dans tous les domaines, nous en venons toujours à aborder le sujet du travail. Par contre, lorsque les échanges cessent d’être constructifs et ressassent plutôt du négatif, il est temps de passer à autre chose. Nous nous donnons toujours comme objectif de ne pas parler du travail plus de trente minutes et nous ne brassons pas des problèmes qui peuvent attendre le prochain jour ouvrable. Après tout, nous sommes tellement plus que des travailleurs! Nous sommes des parents, de bons golfeurs, des amateurs de voyage, de bon vin. C’est tout aussi important d’en parler et vous verrez, c’est beaucoup léger que de ressasser des trucs reliés au boulot.
Faire attention à soi permet non seulement de se préserver, mais d’être un bon intervenant. Avoir un équilibre de vie n’est d’ailleurs pas ce que nous tentons d’enseigner à nos clients? D’ailleurs, je dirais que cela s’applique non seulement aux intervenants, mais à tous les travailleurs.
Prenez-soin de vous, chers lecteurs! Votre passion sera ainsi toujours aussi vibrante.
La Criminologue


Le célèbre criminologue Philippe Bensimon m’a contactée via ce blog pour me faire part de ses commentaires quant à celui-ci. Il a eu la gentillesse de m’envoyer une copie de la plus récente édition de son livre Profession: Criminologue, Analyse clinique et relation d’aide en milieu carcéral, dédicacée dois-je le mentionner. J’ai littéralement dévoré son bouquin, que j’ai trouvé juste, intéressant et plus que pertinent. Qu’il soit novice ou vétéran, j’estime que chaque criminologue devrait lire ce livre, de même que tous ceux qui se questionnent sur le mandat que doit accomplir un criminologue en milieu carcéral. Comme j’ai déjà quelques années d’expérience derrière moi, la lecture du livre m’a permis de me rappeler les défis cliniques qui font partie de notre quotidien et ravivé la passion que j’entretiens envers le domaine de l’intervention. Outre une description juste et complète de la profession, on retrouve, entre autres, des chapitres portant sur le milieu correctionnel en soi, les aptitudes et capacités à travailler en milieu carcéral et la relation d’aide avec une population délinquante en captivité. Un must à lire, vraiment.
De fil en aiguille, monsieur Bensimon m’a invitée à assister au cours de relation d’aide en criminologie qu’il donne à l’Université de Montréal, cours auquel j’ai assisté pas plus tard qu’hier. Avant la tenue du cours, j’ai eu la chance de partager un café avec lui, où nous avons discuté du métier à proprement dit, de la gestion de cas et il m’a même prodigué quelques judicieux conseils. Durant le cours, il était fascinant de voir à quel point les étudiants étaient captivés par leur enseignant. Philippe Bensimon a sa façon bien à lui de transmettre une matière qui prendra tout son sens lorsque le criminologue commence à exercer son métier. Il a même pris le temps de rassurer ses étudiants, dont certains étaient quelque peu inquiets quant à leur résultat d’examen. En résumé, il leur a bien fait comprendre qu’un étudiant ayant une moyenne de A+ ne devient pas automatiquement un bon clinicien. La vraie école, c’est sur le terrain que ça se passe et ça, je crois que les étudiants l’ont compris. Bref, ma rencontre avec monsieur Bensimon m’a prouvé qu’on pouvait être toujours aussi passionné par la profession, même après vingt-cinq ans de carrière. Je vous suggère fortement de lire son livre, vous m’en reparlerez en des termes élogieux je vous le garantie. J’aimerais conclure en mentionnant que ce billet n’est nullement rédigé dans le but de promouvoir la vente de Profession: Criminologue puisque l’auteur refuse toute redevance liée à la vente de son livre.
Bonne journée chers lecteurs!
La Criminologue

Mes chers collègues, cliquez sur ce lien menant au formulaire d’inscription pour le registre des criminologues.
Pour trouver un commissaire à l’assermentation, voici l’adresse URL pour vous y rendre.
N’oubliez pas que les procédures doivent être complétées avant le 20 septembre.
Bonne journée mes chers amis!
La Criminologue
Comme je l’ai mentionné sur mon compte Twitter récemment, j’effectue des démarches pour actualiser des études de deuxième cycle universitaire en santé mentale. Je dois donc rassembler certains documents pour mon admission au programme, dont un relevé de notes avec le sceau de l’Université de Montréal. Je me promenais donc sur le site, où j’ai bifurqué vers le test Cursus, un outil qui permet de déterminer dans quel programme un futur étudiant devrait se diriger, selon ses intérêts et sa personnalité. J’ai donc pris une quinzaine de minutes pour compléter le test et j’ai été agréablement surprise de constater que selon les réponses, on me proposait les professions de criminologue, agent de libération conditionnelle et agent de probation.
Même après quelques années de pratique, je suis toujours dans le bon domaine, c’est bon signe!
Pour compléter le test vous aussi, cliquez ici.
La Criminologue
En étant maman d’un nouveau-né, les émissions que j’écoute sont pratiquement toujours en rediffusion. C’est donc ce matin que j’ai visionné le deuxième épisode de L’école du crime.
Au terme de cette deuxième émission, je demeure avec l’idée que la narration se veut quelque peu sensationnaliste. Voici deux citations qui renforcent mon opinion à ce propos:
“Mensonge, trahison, violence, homicides et viols encombrent l’esprit, l’exercice [physique] les évacue comme des toxines.”
“Marine, elle, s’adonne au théâtre, loin des cadavres et des corps meurtris ou violés qui encombrent son esprit le reste du temps.”
J’aimerais mentionner que la criminologie n’est pas que l’étude des délits d’extrême violence, comme les meurtres. Les criminologues font également affaire avec des fraudeurs, des trafiquants, des voleurs. En fait, les délits contre les biens constitue la majorité des crimes commis. Seulement, ce ne sont pas ceux-là qui frappent le plus l’imaginaire collectif, qui font le plus “jaser”. Je voudrais également ajouter que non, les cadavres et les corps meurtris n’encombrent pas l’esprit des criminologues à un point tel que nous devons trouver des exutoires pour maintenir notre équilibre mental. Je rappelle que nous ne sommes pas appelés à se rendre sur les scènes de crime et que les corps meurtris et violés ne font pas partie de notre réalité quotidienne. Les délits commis par les délinquants peuvent nous choquer, heurter nos valeurs, mais il ne serait pas normal qu’ils hantent nos pensées jour et nuit. Comment pourrions-nous bien faire notre travail si c’était le cas? Il faut garder une certaine distance émotionnelle et avoir la tête froide pour prendre des décisions rationnelles et faire un travail d’accompagnement et de gestion du risque efficace.
Oui, la criminologie c’est passionnant. Mais je le répète, pour la majorité d’entre nous, ce n’est pas rocambolesque comme dans CSI..
La Criminologue

Depuis peu, une nouvelle série est diffusée sur les ondes d’AddikTV, L’école du crime. Voici la brève description que l’on retrouve sur le site Internet d’AddikTV concernant la série-documentaire:
«L’école du crime» nous propose de vivre des enquêtes vues à travers le regard de 6 étudiants qui étudient en criminologie dans l’une des plus prestigieuses écoles du monde en la matière, l’Université de Montréal.
J’étais enthousiaste à l’idée qu’une série télévisée porte sur l’École de criminologie de l’Université de Montréal, j’attendais donc avec impatience le premier épisode. Au terme de l’émission, j’étais un peu perplexe. En fait, j’ai trouvé génial de partager sur l’univers de la criminologie, mais j’ai trouvé que par moment, on donnait un peu trop dans le sensationnalisme. Deux citations savoureuses ont d’ailleurs attiré mon attention, que voici approximativement:
“Déboussolé par le départ de son frère [en appartement], Maxime se réfugie dans les concours de danse”.
“Avec un meilleur moral et une nouvelle coupe de cheveux réalisée par sa colocataire, Marine est prête à affronter à nouveau le monde sordide du crime”.
Même mon conjoint m’a dit, les yeux pétillants: “Je ne pensais que ton métier était si palpitant!”. Oui, mon métier me passionne, mais ce n’est pas comme dans les films et ce n’est pas romancé non plus. Comme je le répète sans cesse: ce n’est pas comme dans le film Le silence des agneaux, ni comme dans la série Fortier. J’ai eu l’impression que la façon dont les programmes de Criminologie et de Sécurité et études policières étaient présenté, cela avait un petit côté tape à l’oeil. Je prêche évidemment pour ma paroisse et que j’encourage les gens à se diriger dans ce domaine passionnant. Seulement, je crains que certains se forgent une idée erronée des programmes susmentionnés et s’y inscrivent pour être quotidiennement dans l’action et vivre des émotions fortes comme dans les séries policières. Des émotions fortes, oui nous en vivons, mais pas tous les jours de l’année! Et je ne vais pas non plus travailler le matin en me répétant que je vais combattre le “monde sordide du crime”. Oui, par les actions que je pose, j’ose espérer que j’aiderai quelqu’un à demeurer loin du milieu interlope et que contribue à protéger la société. Toutefois, je ne revêt pas mon costume de superhéroïne en lycra avant d’aller travailler le matin. De toute manière, rappelez-vous que je viens d’accoucher, vous ne voulez pas être aux prises avec cette vision d’horreur..!
Coup de chapeau à Maxime, en raison notamment de son travail de recherche auprès des victimes d’actes criminels. Dans le premier épisode, il était appelé à intervenir auprès d’une dame victime de violence conjugale et il était fort mal à l’aise de la questionner quant à la possibilité qu’elle soit aussi victime de violence sexuelle. Je me suis surprise à lui suggérer, à voix haute, des trucs pour qu’il aille au bout de sa question. Que voulez-vous, les fans de hockey vont crier des encouragements ou des insultes dans leur salon, moi c’est plutôt des pistes d’intervention. Mais rassurez-vous, je crie aussi dans mon salon quand j’écoute un match du Canadien. Le plus souvent, ces temps-ci, ce sont des insultes par contre..!
Dernière chose, je vous suggère de consulter les clips web exclusifs de l’épisode 1, où Jean Proulx, le directeur de l’École de criminologie, explique notamment dans quels domaines peuvent travailler les criminologues. Très intéressant. De toute manière, quand Jean Proulx explique quelque chose, c’est toujours intéressant. Je me souviens d’un cours qu’il m’a enseignée: Personnalité criminelle. C’était captivant du début à la fin et en plus, jamais il n’avait besoin de notes manuscrites, cet homme est une vraie encyclopédie.
Et vous, qu’avez-vous pensé de la série L’école du crime jusqu’à maintenant?
La Criminologue

Je reçois énormément de courriels de la part d’étudiants désirant s’orienter dans le domaine judiciaire et à tout coup on me pose la question suivante: “À quoi ressemble une journée type d’un criminologue?”. Je réponds que cela dépend du domaine dans lequel il oeuvre puisque ça varie en fonction de ça. Comme j’ai récemment reçu des courriels de façon massive en ce sens, l’idée m’est venue de vous solliciter, chers collègues. Comme plusieurs d’entre vous pratiquez dans des domaines différents, je me suis dit que ce serait fort intéressant que vous nous décriviez en quoi consiste votre emploi et à quoi ressemble une journée typique au boulot. Je compte ensuite publier vos réponses sur le blogue. Que vous soyez agent de libération conditionnelle en établissement ou dans la communauté, agent de probation, agent correctionnel, avocat de la défense, avocat de la couronne, policier, technicien en scène de crime, technicien juridique, travailleur social, agent de relations humaines, intervenant en toxicomanie, intervenant en santé mentale, intervenant oeuvrant auprès des victimes d’actes criminels, écrivez-moi! Je suis persuadée que même moi j’en apprendrai beaucoup sur vos milieux de travail et en plus, cela pourra éclairer ne serait-ce qu’un jeune qui est hésitant quant à son choix de carrière.
Je me lance en premier, voici donc à quoi ressemble une journée typique où je travaille. Tout d’abord, il est essentiel de commencer la journée avec un bon café, dans mon cas c’est psychologique. Mais avant même de me faire couler un café, il est primordial de prendre connaissance des évènements s’étant déroulés depuis mon dernier quart de travail puisque des mesures doivent peut-être être prises dans l’immédiat pour gérer le risque représenté par la clientèle, ou simplement à titre disciplinaire. Les demandes d’aide de la part de nos clients sont également prioritaires, on prend donc le temps de vérifier si des interventions sont nécessaires. À ce moment et pas avant on peut siroter un bon café pour partir la journée du bon pied.
Ensuite, soit on rédige divers rapports relativement aux progrès réalisés par nos clients et/ou concernant une évaluation en vue d’une décision que la Commission des libérations conditionnelles du Canada rendra dans un de nos dossiers, soit on réalise des entretiens cliniques. Lors de ces rencontres, on fait le tour des diverses sphères de vie de notre client, on tente de susciter chez lui une introspection quant à ses choix antérieurs et futurs, on l’oriente vers des ressources qui pourraient lui être utiles à sa réinsertion sociale (employabilité, groupes de soutien) et on détermine quels sont ses progrès quant aux facteurs qui l’ont menés vers la criminalité. L’objectif ultime est qu’à l’expiration de sa peine, il soit et demeure un citoyen respectueux des lois. À ce propos, nous l’orientons Au terme de chaque entretien, nous devons évaluer si le risque qu’il représente pour la collectivité est toujours acceptable. En fait, ce n’est pas seulement après chaque entretien, mais nous devons répondre à cette question par l’affirmative en tout temps, sans quoi le libéré conditionnel ne peut bénéficier d’une libération sous conditions. Parfois, nous effectuons des visites au domicile de nos clients et il nous arrive aussi d’aller les rencontrer au travail. L’objectif est de connaître le milieu dans lequel ils évoluent à l’extérieur de la maison de transition.
Il arrive que nous devons demander à qui de droit à ce que la libération sous condition d’un client soit suspendue, car le risque qu’il représente pour la société n’est plus acceptable. Nous devons donc coordonner les démarches afin que les policiers procèdent à son arrestation et le conduisent en détention. S’en suit une visite en détention dans le but de faire le point sur les évènements ayant mené à la suspension de la libération conditionnelle et de procéder à la cueillette d’informations à savoir s’il peut être réaliste et sécuritaire de le faire libérer. C’est une décision qui se prend en équipe et seules quelques personnes ont le pouvoir de faire libérer des détenus: c’est donc elles qui trancheront sur la question après qu’une description du cas leur est faite. Dépendamment de l’orientation au dossier, nous devons nous présenter devant la Commission des libérations conditionnelles du Canada pour qu’elle rende une décision quant à la liberté sous conditions de notre client.
Des fois les semaines se ressemblent pendant quelques temps, parfois non. En un instant, la planification de notre journée peut basculer puisque notre domaine comporte son lot d’imprévus. En effet, par exemple, si un de nos clients enfreint une des conditions assorties à son certificat de libération, cela devient notre priorité puisque nous devons gérer le risque que cela représente pour la société. Rappelons que la CLCC impose des conditions spéciales au certificat de libération des libérés conditionnels, car sans elles, elle estime que le risque qu’il représenterait dans la collectivité ne serait pas acceptable. Par conséquent, une ré-évaluation du risque doit être effectuée si on juge qu’il y a un risque qu’une condition spéciale soit enfreinte, si elle n’a pas été respectée ou si le libéré conditionnel s’enlise ou se trouve en état de désorganisation. Il y a aussi des situations de crises à gérer, qui font que nous devons les régler sur-le-champ. Chose certaine, il faut être en mesure de savoir bien gérer le stress et de composer avec les situations imprévues. Bien travailler en équipe, c’est-à-dire être présent pour les autres et se soutenir entre nous, est aussi très important puisqu’il arrive que nous devons gérer des situations épineuses en équipe, de même que s’occuper des clients de nos collègues en leur absence.
Voilà les tâches que j’accomplis à tous les jours, j’ai hâte de connaître les vôtres et partager le tout avec les lecteurs!
Vous pouvez m’envoyer la description de vos journées typiques à cette adresse: lacriminologue@live.fr
La Criminologue

Est-ce que ça vous est déjà arrivé de vous réveiller avec la gueule de bois et de vous dire : “Je ne boirai plus jamais d’alcool, JAMAIS!!!!”. Le mal de bloc, le coeur sur la flotte, les étourdissements: tous des symptômes que vous vous êtes juré de ne jamais revivre tellement c’est insupportable. Avez-vous remarqué que plus les jours filent, moins vous y pensez et votre conviction de ne plus boire une goutte d’alcool s’estompe graduellement? Et voilà qu’une semaine plus tard, l’alcool coule à flots et le souvenir de la gueule de bois, miraculeusement envolé.
Pourquoi je vous parle de lendemain de veille sur un blogue à saveur criminologique? Bien, parce que la fameuse promesse de lendemain de brosse est une analogie que nous utilisons fréquemment dans le cadre de notre travail en lien avec le désir de demeurer dans le droit chemin.
Souvent, nous entendons les nouveaux libérés conditionnels clamer haut et fort que la prison, c’est du passé et que plus jamails ils n’y remettront les pieds tellement ils ont détesté leur expérience carcérale. Bien évidemment, nous les félicitons de leurs bonnes volontés et les encourageons à fournir les efforts nécessaires pour demeurer des citoyens respectueux des lois. Toutefois, nous les mettons aussi en garde qu’il est possible que leurs convictions soient ébranlées au fur et à mesure qu’ils rencontreront des obstacles à leur réinsertion sociale. Il est alors possible que les mauvais souvenirs reliés à la vie criminelle et à la détention se fassent graduellement moins douloureux. Peut-être qu’un sentiment de découragement naisse au fur et à mesure que l’individu rencontre des difficultés sur son chemin et que peu à peu, les convictions de ne plus jamais fréquenter le milieu interlope s’effritent. C’est pourquoi nous faisons la comparaison avec la promesse du lendemain de brosse: pour illustrer qu’on a tendance à se promettre bien des choses au lendemain d’une expérience douloureuse. Cependant, on ne peut pas tenir une promesse seulement avec la pensée magique et il faut prendre conscience qu’il est possible que nos convictions soient ébranlées, mais que cela ne veut pas dire qu’il faut les abandonner. En reconnaissant cela, il est alors plus facile de mettre en place des stratégies qui aideront la personne à garder le focus sur son objectif, même si peut être tentée de dévier de sa trajectoire.
Comme quoi tous les outils d’intervention sont bons quand on veut vraiment aider quelqu’un! Et vous, quel truc, conventionnel ou pas, avez-vous essayé, qui a fait ses preuves dans votre entourage?
La Criminologue

Les gens me demandent parfois si je rencontrais un client actuel ou un ancien client dans la rue: est-ce que j’aurais peur?
Au début, je croyais que c’était parce que les gens connaissaient mal mon travail qu’ils me posaient cette question. Et n’ayant pratiquement pas d’expérience, je répondais invariablement par la négative. Il me semble que j’étais tellement pleine de bonnes intentions que tout le monde allait inmanquablement m’aimer, non?
Que j’étais naïve! Par chance, je suis redescendue sur la planète terre rapidement, j’aurais été constamment déçue autrement. Il ne faut pas faire ce métier pour être apprécié, aimé ou reconnu. Trop d’intervenants sortent de leur cadre professionnel ou s’investissent trop personnellement pour ces raisons. Oui, c’est un plus si notre client nous apprécie et vice versa, ça favorise la création du le lien thérapeutique. Mais des passes-droit ou se fermer les yeux sur certains aspects simplement pour continuer à se faire aimer, c’est inacceptable. Et là je ne parle pas d’une petite chance comme “Oui tu es en retard pour notre entretien sans m’avoir avisée au préalable, je laisse passer pour cette fois-ci, mais la prochaine fois il y aura des conséquences”, mais bien de fermer les yeux sur un bris de condition, une augmentation du risque pour le public, une récidive. Si un intervenant en est rendu là, soit il a un besoin malsain de se faire aimer, soit son client est un fin manipulateur pour en avoir fait une telle marionnette.
Pour ma part, je trouve important de développer une alliance thérapeutique avec mes clients. Oui, ça prend du temps à créer un lien et c’est plus facile dans certains cas que dans d’autres. Je suis d’avis que ça prend des efforts des deux côtés et qu’il faut laisser la chance aux deux parties de s’adapter. Mais au bout du compte, ce que je demande, ce n’est pas de m’aimer, de me trouver cool ou qu’on me dise que je suis celle qui les a réconciliés avec la vie. Non, je ne demande que le respect. Ce serait prétentieux de toute manière de penser qu’on puisse avoir un si grand impact dans la vie d’autrui. Certains aiment penser qu’ils ont sauvé leur client, moi j’aime mieux dire que je les ai bien accompagnés pour qu’ils s’aident eux-mêmes. Je vais toujours traiter l’autre ainsi et respecter où il est rendu dans son cheminement. Je donne l’heure juste et je souligne tant les bons que les moins coups. Je suis transparente et il n’y a pas de surprise avec moi. Cependant, je ne m’empêcherai pas d’appliquer les mesures nécessaires à la gestion du risque parce que mon mandat premier n’est pas de me faire aimer, mais d’assurer la protection du public.
Bien évidemment, il a des clients qui n’ont pas du tout apprécié certaines décisions prises dans leur dossier. Mais au fond d’eux, ils savent un peu qu’elles n’ont pas été SI exagérées. Certains reconnaissent que c’est entièrement de leur faute s’ils sont retournés derrière les barreaux, d’autres nous accusent d’avoir été trop sévères.
C’est sûr que ma face ne revient pas à certains tandis que d’autres n’auraient pas voulu une autre intervenante. Même si je tâche d’être respectueuse et authentique, il se peut que certains me vouent une haine insoupçonnée, qui sait. Mais jusqu’à présent, je n’ai pas expérimenté d’expériences de représailles ou de menaces, contrairement à certains confrères. Ce qui est soit dit en passant un phénomène somme toute assez rare.
Il m’arrive à l’occasion de rencontrer des clients sur la rue ou tout autre endroit public. Si je reconnais l’individu, je ne vais généralement pas vers lui par respect pour sa vie privée. On me l’a déjà reproché par le passé, mais quand j’explique que c’est par respect et non en raison d’une attitude de je-m’en-foutisme, je suis pardonnée. D’autres préfèrent faire comme si de rien n’était et c’est bien correct aussi. Certains aiment nous dire fièrement qu’ils nous ont vus, mais qu’ils se sont bien gardés de nous saluer parce qu’ils n’en avaient pas envie. Je les soupçonne d’être un peu déçus de constater que ça ne nous fait ni chaud ni froid, au fond. Des fois, j’entends crier mon nom venant de nulle part et je vois alors un ancien client venir à ma rencontre, tout sourire. Je prends à chaque fois le temps de m’assurer que lui et ses proches se portent bien. On passe parfois plusieurs années à être l’intervenant d’un client, sans avoir développé de l’amitié, c’est normal d’être cordial si on se revoit par hasard dans un autre contexte.
On exerce un métier plus à risque que certains, mais je crois qu’en demeurant respectueux, transparent et intègre, on peut marcher la tête haute et regarder les gens dans les yeux quand nos chemins se croisent.
La Criminologue

Non, on ne se fout pas des victimes
Ce n’est pas parce qu’on travaille avec des criminels qu’on se balance de leurs victimes. Seulement, nous ne travaillons pas avec elles, nous n’avons pas de contacts avec elles. Cela ne nous empêche pas d’essayer de responsabiliser le délinquant face au tort qu’il a commis à autrui. Nous ne passons pas notre temps à parler des victimes parce qu’il y a notamment un danger de faire du contre-transfert et que le processus de réinsertion sociale comporte d’autres éléments. Cependant, nous abordons le sujet en entretien clinique en tentant d’amener les clients à réaliser l’impact qu’ils ont eu dans la vie des victimes et de leurs proches. Pour ma part, ça ne me gêne pas d’aborder la victimisation et je n’hésite pas à refléter par exemple une attitude de je-m’en-contrefiche par rapport aux victimes. C’est important que les contrevenants réalisent l’impact qu’ils ont eu et qu’ils peuvent avoir sur les autres, ça fait partie du processus de responsabilisation. Ça peut m’arriver de dire: “T’es grand, t’es bâti, t’as pas l’air sympathique. J’ai pas de misère à croire que fâché ou intoxiqué tu fasses peur à quelqu’un. Moi, être la petite caissière où t’as fait ton hold-up, tu m’aurais sûrement traumatisée.” Certains s’en fichent (ça, moi, ça vient me chercher et je n’hésite pas à le dire), d’autres vivent un profond malaise face au mal qu’ils ont causé. C’est parfois plus facile de continuer de nier que les victimes ont vécu un traumatisme: ça fait moins mal, on n’a pas à gérer les émotions négatives qui viennent avec. Il y en a aussi qui participent à des programmes de justice réparatrice où ils reconnaissent le tort causé et où ils tente de réparer, à la victime et à la société, le dit tort.
Chaque délinquant aborde le thème différement et nous tentons d’amener les clients à reconnaître le mal qu’ils ont causé afin d’améliorer leur conscience sociale. Ainsi, en travaillant aussi sur la responsabilisation du justiciable, nous essayons de minimiser les chances de récidive et l’amener à adopter un comportement prosocial à l’avenir. Nous sommes témoins de belles réussites, comme de lamentables échecs..
Ce que je peux dire, en terminant, c’est que la majorité des intervenants qui oeuvrent auprès d’une clientèle judiciarisée est d’accord pour dire que les victimes d’actes criminels n’ont pas assez de place et de reconnaissance dans notre système judiciaire. Même si on travaille avec des criminels, on essaie aussi de travailler pour les victimes.
La Criminologue


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Qui est la Criminologue?
Une femme passionnée d'intervention désirant clarifier certains mythes quant à la profession de criminologue.
Elle désire aussi partager des anecdotes du métier et sur le plan personnel aussi.
Le plus souvent cocasses, elles permettent d'illustrer quelques exemples de ce qu'un
criminologue peut vivre au quotidien et surtout, de démontrer qu'elle ne se prend pas au sérieux!
Pour me joindre: lacriminologue@live.fr
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Comment préserver sa santé mentale en tant qu’intervenant
Dans le milieu, on dit souvent qu’on exerce une “job à burnout” en raison du stress quotidien, de la lourdeur de la clientèle et de la charge de travail élevée. On connais de près ou de loin un collègue qui a dû se retirer pour cause de dépression ou d’épuisement professionnel et c’est inquiétant quand on s’y attarde. Néanmoins, on tente de plus en plus de conscientiser les intervenants en début de carrière afin de réduire les chances de souffrir de tels maux. Je me souviens même qu’à l’université, un cours portait précisément sur les pièges du métier et sur l’importance de faire attention à soi en tant qu’intervenant. Puisque nous sommes, nous et notre capacité d’analyse et d’intervention, notre principal outil de travail. Si on tombe, nous nous causons premièrement du tort, mais nous ne sommes plus en mesure d’intervenir efficacement et accueillir l’autre dans sa souffrance.
Comme il m’arrive de superviser des stagiaires, je donne toujours comme conseils d’être indulgents envers eux-mêmes et de ne porter leur manteau d’intervenant qu’au travail. Pour illustrer cette métaphore, imaginons que le manteau de l’intervenant est imperméable aux remarques et critiques désobligeantes et crée une barrière avec la clientèle. On l’enfile à notre arrivée, mais il ne faut pas oublier de l’accrocher quand on quitte le soir. Ce qui signifie que nous faisons une coupure avec le monde du travail à partir de ce moment. Il est facile de se laisser envahir par notre emploi: il est arrivé à plusieurs d’entre nous de s’avancer ou de “closer” notre semaine durant le weekend, de ventiler lors de nos 5 à 7 entre collègues, voire même de rêver à notre emploi ou à des situations s’y étant produites. Cependant, si on ne fait pas attention, on se réveillera un matin avec le goût amer d’être envahi par notre boulot et être mentalement épuisé d’exercer notre métier. Je conseille toujours d’investir les sphères autres que celle du travail. En adoptant un équilibre entre ses diverses sphères de vie et en ayant un cercle social, des intérêts et des activités qui ne sont pas nécessairement associées à la criminologie permet, à mon avis, d’être un intervenant plus équilibré et davantage disposé à être ouvert à l’autre. C’est parfois difficile dans un milieu où on ne commence jamais en décrochant un poste permanent et où on doit faire ses preuves pour percer. Ceci dit, je crois qu’il est quand même possible de bien performer au travail, sans pour autant compromettre sa santé physique et mentale. En ce sens, il est important de respecter son horaire de travail: il ne faut pas travailler sans compter les heures, sous prétexte qu’on doit faire nos preuves. Tout ce que vous récolterez sera de la frustration de toujours être au boulot, en plus d’être épuisé. Il faut savoir bien gérer ses priorités et quitter le bureau, autant que possible, à l’heure prévue.
Il est également normal de faire de nos collègues de travail nos amis. Après tout, nous avons souvent les mêmes intérêts et partageons la même passion pour le domaine social. Le piège dans lequel beaucoup, y compris moi à l’occasion, tombons est de parler du boulot lorsque nous sommes à l’extérieur du travail. Je sais, vous me direz que dans tous les domaines, nous en venons toujours à aborder le sujet du travail. Par contre, lorsque les échanges cessent d’être constructifs et ressassent plutôt du négatif, il est temps de passer à autre chose. Nous nous donnons toujours comme objectif de ne pas parler du travail plus de trente minutes et nous ne brassons pas des problèmes qui peuvent attendre le prochain jour ouvrable. Après tout, nous sommes tellement plus que des travailleurs! Nous sommes des parents, de bons golfeurs, des amateurs de voyage, de bon vin. C’est tout aussi important d’en parler et vous verrez, c’est beaucoup léger que de ressasser des trucs reliés au boulot.
Faire attention à soi permet non seulement de se préserver, mais d’être un bon intervenant. Avoir un équilibre de vie n’est d’ailleurs pas ce que nous tentons d’enseigner à nos clients? D’ailleurs, je dirais que cela s’applique non seulement aux intervenants, mais à tous les travailleurs.
Prenez-soin de vous, chers lecteurs! Votre passion sera ainsi toujours aussi vibrante.
La Criminologue
Un livre incontournable sur la profession de criminologue
Le célèbre criminologue Philippe Bensimon m’a contactée via ce blog pour me faire part de ses commentaires quant à celui-ci. Il a eu la gentillesse de m’envoyer une copie de la plus récente édition de son livre Profession: Criminologue, Analyse clinique et relation d’aide en milieu carcéral, dédicacée dois-je le mentionner. J’ai littéralement dévoré son bouquin, que j’ai trouvé juste, intéressant et plus que pertinent. Qu’il soit novice ou vétéran, j’estime que chaque criminologue devrait lire ce livre, de même que tous ceux qui se questionnent sur le mandat que doit accomplir un criminologue en milieu carcéral. Comme j’ai déjà quelques années d’expérience derrière moi, la lecture du livre m’a permis de me rappeler les défis cliniques qui font partie de notre quotidien et ravivé la passion que j’entretiens envers le domaine de l’intervention. Outre une description juste et complète de la profession, on retrouve, entre autres, des chapitres portant sur le milieu correctionnel en soi, les aptitudes et capacités à travailler en milieu carcéral et la relation d’aide avec une population délinquante en captivité. Un must à lire, vraiment.
De fil en aiguille, monsieur Bensimon m’a invitée à assister au cours de relation d’aide en criminologie qu’il donne à l’Université de Montréal, cours auquel j’ai assisté pas plus tard qu’hier. Avant la tenue du cours, j’ai eu la chance de partager un café avec lui, où nous avons discuté du métier à proprement dit, de la gestion de cas et il m’a même prodigué quelques judicieux conseils. Durant le cours, il était fascinant de voir à quel point les étudiants étaient captivés par leur enseignant. Philippe Bensimon a sa façon bien à lui de transmettre une matière qui prendra tout son sens lorsque le criminologue commence à exercer son métier. Il a même pris le temps de rassurer ses étudiants, dont certains étaient quelque peu inquiets quant à leur résultat d’examen. En résumé, il leur a bien fait comprendre qu’un étudiant ayant une moyenne de A+ ne devient pas automatiquement un bon clinicien. La vraie école, c’est sur le terrain que ça se passe et ça, je crois que les étudiants l’ont compris. Bref, ma rencontre avec monsieur Bensimon m’a prouvé qu’on pouvait être toujours aussi passionné par la profession, même après vingt-cinq ans de carrière. Je vous suggère fortement de lire son livre, vous m’en reparlerez en des termes élogieux je vous le garantie. J’aimerais conclure en mentionnant que ce billet n’est nullement rédigé dans le but de promouvoir la vente de Profession: Criminologue puisque l’auteur refuse toute redevance liée à la vente de son livre.
Bonne journée chers lecteurs!
La Criminologue
Inscription au registre des criminologues
Mes chers collègues, cliquez sur ce lien menant au formulaire d’inscription pour le registre des criminologues.
Pour trouver un commissaire à l’assermentation, voici l’adresse URL pour vous y rendre.
N’oubliez pas que les procédures doivent être complétées avant le 20 septembre.
Bonne journée mes chers amis!
La Criminologue
Je suis dans la bonne branche finalement!
Comme je l’ai mentionné sur mon compte Twitter récemment, j’effectue des démarches pour actualiser des études de deuxième cycle universitaire en santé mentale. Je dois donc rassembler certains documents pour mon admission au programme, dont un relevé de notes avec le sceau de l’Université de Montréal. Je me promenais donc sur le site, où j’ai bifurqué vers le test Cursus, un outil qui permet de déterminer dans quel programme un futur étudiant devrait se diriger, selon ses intérêts et sa personnalité. J’ai donc pris une quinzaine de minutes pour compléter le test et j’ai été agréablement surprise de constater que selon les réponses, on me proposait les professions de criminologue, agent de libération conditionnelle et agent de probation.
Même après quelques années de pratique, je suis toujours dans le bon domaine, c’est bon signe!
Pour compléter le test vous aussi, cliquez ici.
La Criminologue
L’école du crime.. prise 2
En étant maman d’un nouveau-né, les émissions que j’écoute sont pratiquement toujours en rediffusion. C’est donc ce matin que j’ai visionné le deuxième épisode de L’école du crime.
Au terme de cette deuxième émission, je demeure avec l’idée que la narration se veut quelque peu sensationnaliste. Voici deux citations qui renforcent mon opinion à ce propos:
J’aimerais mentionner que la criminologie n’est pas que l’étude des délits d’extrême violence, comme les meurtres. Les criminologues font également affaire avec des fraudeurs, des trafiquants, des voleurs. En fait, les délits contre les biens constitue la majorité des crimes commis. Seulement, ce ne sont pas ceux-là qui frappent le plus l’imaginaire collectif, qui font le plus “jaser”. Je voudrais également ajouter que non, les cadavres et les corps meurtris n’encombrent pas l’esprit des criminologues à un point tel que nous devons trouver des exutoires pour maintenir notre équilibre mental. Je rappelle que nous ne sommes pas appelés à se rendre sur les scènes de crime et que les corps meurtris et violés ne font pas partie de notre réalité quotidienne. Les délits commis par les délinquants peuvent nous choquer, heurter nos valeurs, mais il ne serait pas normal qu’ils hantent nos pensées jour et nuit. Comment pourrions-nous bien faire notre travail si c’était le cas? Il faut garder une certaine distance émotionnelle et avoir la tête froide pour prendre des décisions rationnelles et faire un travail d’accompagnement et de gestion du risque efficace.
Oui, la criminologie c’est passionnant. Mais je le répète, pour la majorité d’entre nous, ce n’est pas rocambolesque comme dans CSI..
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L’école du crime
Depuis peu, une nouvelle série est diffusée sur les ondes d’AddikTV, L’école du crime. Voici la brève description que l’on retrouve sur le site Internet d’AddikTV concernant la série-documentaire:
J’étais enthousiaste à l’idée qu’une série télévisée porte sur l’École de criminologie de l’Université de Montréal, j’attendais donc avec impatience le premier épisode. Au terme de l’émission, j’étais un peu perplexe. En fait, j’ai trouvé génial de partager sur l’univers de la criminologie, mais j’ai trouvé que par moment, on donnait un peu trop dans le sensationnalisme. Deux citations savoureuses ont d’ailleurs attiré mon attention, que voici approximativement:
Même mon conjoint m’a dit, les yeux pétillants: “Je ne pensais que ton métier était si palpitant!”. Oui, mon métier me passionne, mais ce n’est pas comme dans les films et ce n’est pas romancé non plus. Comme je le répète sans cesse: ce n’est pas comme dans le film Le silence des agneaux, ni comme dans la série Fortier. J’ai eu l’impression que la façon dont les programmes de Criminologie et de Sécurité et études policières étaient présenté, cela avait un petit côté tape à l’oeil. Je prêche évidemment pour ma paroisse et que j’encourage les gens à se diriger dans ce domaine passionnant. Seulement, je crains que certains se forgent une idée erronée des programmes susmentionnés et s’y inscrivent pour être quotidiennement dans l’action et vivre des émotions fortes comme dans les séries policières. Des émotions fortes, oui nous en vivons, mais pas tous les jours de l’année! Et je ne vais pas non plus travailler le matin en me répétant que je vais combattre le “monde sordide du crime”. Oui, par les actions que je pose, j’ose espérer que j’aiderai quelqu’un à demeurer loin du milieu interlope et que contribue à protéger la société. Toutefois, je ne revêt pas mon costume de superhéroïne en lycra avant d’aller travailler le matin. De toute manière, rappelez-vous que je viens d’accoucher, vous ne voulez pas être aux prises avec cette vision d’horreur..!
Coup de chapeau à Maxime, en raison notamment de son travail de recherche auprès des victimes d’actes criminels. Dans le premier épisode, il était appelé à intervenir auprès d’une dame victime de violence conjugale et il était fort mal à l’aise de la questionner quant à la possibilité qu’elle soit aussi victime de violence sexuelle. Je me suis surprise à lui suggérer, à voix haute, des trucs pour qu’il aille au bout de sa question. Que voulez-vous, les fans de hockey vont crier des encouragements ou des insultes dans leur salon, moi c’est plutôt des pistes d’intervention. Mais rassurez-vous, je crie aussi dans mon salon quand j’écoute un match du Canadien. Le plus souvent, ces temps-ci, ce sont des insultes par contre..!
Dernière chose, je vous suggère de consulter les clips web exclusifs de l’épisode 1, où Jean Proulx, le directeur de l’École de criminologie, explique notamment dans quels domaines peuvent travailler les criminologues. Très intéressant. De toute manière, quand Jean Proulx explique quelque chose, c’est toujours intéressant. Je me souviens d’un cours qu’il m’a enseignée: Personnalité criminelle. C’était captivant du début à la fin et en plus, jamais il n’avait besoin de notes manuscrites, cet homme est une vraie encyclopédie.
Et vous, qu’avez-vous pensé de la série L’école du crime jusqu’à maintenant?
La Criminologue
Chers collègues, décrivez-moi une journée typique au boulot
Je reçois énormément de courriels de la part d’étudiants désirant s’orienter dans le domaine judiciaire et à tout coup on me pose la question suivante: “À quoi ressemble une journée type d’un criminologue?”. Je réponds que cela dépend du domaine dans lequel il oeuvre puisque ça varie en fonction de ça. Comme j’ai récemment reçu des courriels de façon massive en ce sens, l’idée m’est venue de vous solliciter, chers collègues. Comme plusieurs d’entre vous pratiquez dans des domaines différents, je me suis dit que ce serait fort intéressant que vous nous décriviez en quoi consiste votre emploi et à quoi ressemble une journée typique au boulot. Je compte ensuite publier vos réponses sur le blogue. Que vous soyez agent de libération conditionnelle en établissement ou dans la communauté, agent de probation, agent correctionnel, avocat de la défense, avocat de la couronne, policier, technicien en scène de crime, technicien juridique, travailleur social, agent de relations humaines, intervenant en toxicomanie, intervenant en santé mentale, intervenant oeuvrant auprès des victimes d’actes criminels, écrivez-moi! Je suis persuadée que même moi j’en apprendrai beaucoup sur vos milieux de travail et en plus, cela pourra éclairer ne serait-ce qu’un jeune qui est hésitant quant à son choix de carrière.
Je me lance en premier, voici donc à quoi ressemble une journée typique où je travaille. Tout d’abord, il est essentiel de commencer la journée avec un bon café, dans mon cas c’est psychologique. Mais avant même de me faire couler un café, il est primordial de prendre connaissance des évènements s’étant déroulés depuis mon dernier quart de travail puisque des mesures doivent peut-être être prises dans l’immédiat pour gérer le risque représenté par la clientèle, ou simplement à titre disciplinaire. Les demandes d’aide de la part de nos clients sont également prioritaires, on prend donc le temps de vérifier si des interventions sont nécessaires. À ce moment et pas avant on peut siroter un bon café pour partir la journée du bon pied.
Ensuite, soit on rédige divers rapports relativement aux progrès réalisés par nos clients et/ou concernant une évaluation en vue d’une décision que la Commission des libérations conditionnelles du Canada rendra dans un de nos dossiers, soit on réalise des entretiens cliniques. Lors de ces rencontres, on fait le tour des diverses sphères de vie de notre client, on tente de susciter chez lui une introspection quant à ses choix antérieurs et futurs, on l’oriente vers des ressources qui pourraient lui être utiles à sa réinsertion sociale (employabilité, groupes de soutien) et on détermine quels sont ses progrès quant aux facteurs qui l’ont menés vers la criminalité. L’objectif ultime est qu’à l’expiration de sa peine, il soit et demeure un citoyen respectueux des lois. À ce propos, nous l’orientons Au terme de chaque entretien, nous devons évaluer si le risque qu’il représente pour la collectivité est toujours acceptable. En fait, ce n’est pas seulement après chaque entretien, mais nous devons répondre à cette question par l’affirmative en tout temps, sans quoi le libéré conditionnel ne peut bénéficier d’une libération sous conditions. Parfois, nous effectuons des visites au domicile de nos clients et il nous arrive aussi d’aller les rencontrer au travail. L’objectif est de connaître le milieu dans lequel ils évoluent à l’extérieur de la maison de transition.
Il arrive que nous devons demander à qui de droit à ce que la libération sous condition d’un client soit suspendue, car le risque qu’il représente pour la société n’est plus acceptable. Nous devons donc coordonner les démarches afin que les policiers procèdent à son arrestation et le conduisent en détention. S’en suit une visite en détention dans le but de faire le point sur les évènements ayant mené à la suspension de la libération conditionnelle et de procéder à la cueillette d’informations à savoir s’il peut être réaliste et sécuritaire de le faire libérer. C’est une décision qui se prend en équipe et seules quelques personnes ont le pouvoir de faire libérer des détenus: c’est donc elles qui trancheront sur la question après qu’une description du cas leur est faite. Dépendamment de l’orientation au dossier, nous devons nous présenter devant la Commission des libérations conditionnelles du Canada pour qu’elle rende une décision quant à la liberté sous conditions de notre client.
Des fois les semaines se ressemblent pendant quelques temps, parfois non. En un instant, la planification de notre journée peut basculer puisque notre domaine comporte son lot d’imprévus. En effet, par exemple, si un de nos clients enfreint une des conditions assorties à son certificat de libération, cela devient notre priorité puisque nous devons gérer le risque que cela représente pour la société. Rappelons que la CLCC impose des conditions spéciales au certificat de libération des libérés conditionnels, car sans elles, elle estime que le risque qu’il représenterait dans la collectivité ne serait pas acceptable. Par conséquent, une ré-évaluation du risque doit être effectuée si on juge qu’il y a un risque qu’une condition spéciale soit enfreinte, si elle n’a pas été respectée ou si le libéré conditionnel s’enlise ou se trouve en état de désorganisation. Il y a aussi des situations de crises à gérer, qui font que nous devons les régler sur-le-champ. Chose certaine, il faut être en mesure de savoir bien gérer le stress et de composer avec les situations imprévues. Bien travailler en équipe, c’est-à-dire être présent pour les autres et se soutenir entre nous, est aussi très important puisqu’il arrive que nous devons gérer des situations épineuses en équipe, de même que s’occuper des clients de nos collègues en leur absence.
Voilà les tâches que j’accomplis à tous les jours, j’ai hâte de connaître les vôtres et partager le tout avec les lecteurs!
Vous pouvez m’envoyer la description de vos journées typiques à cette adresse: lacriminologue@live.fr
La Criminologue
La fameuse promesse de lendemain de brosse
Est-ce que ça vous est déjà arrivé de vous réveiller avec la gueule de bois et de vous dire : “Je ne boirai plus jamais d’alcool, JAMAIS!!!!”. Le mal de bloc, le coeur sur la flotte, les étourdissements: tous des symptômes que vous vous êtes juré de ne jamais revivre tellement c’est insupportable. Avez-vous remarqué que plus les jours filent, moins vous y pensez et votre conviction de ne plus boire une goutte d’alcool s’estompe graduellement? Et voilà qu’une semaine plus tard, l’alcool coule à flots et le souvenir de la gueule de bois, miraculeusement envolé.
Pourquoi je vous parle de lendemain de veille sur un blogue à saveur criminologique? Bien, parce que la fameuse promesse de lendemain de brosse est une analogie que nous utilisons fréquemment dans le cadre de notre travail en lien avec le désir de demeurer dans le droit chemin.
Souvent, nous entendons les nouveaux libérés conditionnels clamer haut et fort que la prison, c’est du passé et que plus jamails ils n’y remettront les pieds tellement ils ont détesté leur expérience carcérale. Bien évidemment, nous les félicitons de leurs bonnes volontés et les encourageons à fournir les efforts nécessaires pour demeurer des citoyens respectueux des lois. Toutefois, nous les mettons aussi en garde qu’il est possible que leurs convictions soient ébranlées au fur et à mesure qu’ils rencontreront des obstacles à leur réinsertion sociale. Il est alors possible que les mauvais souvenirs reliés à la vie criminelle et à la détention se fassent graduellement moins douloureux. Peut-être qu’un sentiment de découragement naisse au fur et à mesure que l’individu rencontre des difficultés sur son chemin et que peu à peu, les convictions de ne plus jamais fréquenter le milieu interlope s’effritent. C’est pourquoi nous faisons la comparaison avec la promesse du lendemain de brosse: pour illustrer qu’on a tendance à se promettre bien des choses au lendemain d’une expérience douloureuse. Cependant, on ne peut pas tenir une promesse seulement avec la pensée magique et il faut prendre conscience qu’il est possible que nos convictions soient ébranlées, mais que cela ne veut pas dire qu’il faut les abandonner. En reconnaissant cela, il est alors plus facile de mettre en place des stratégies qui aideront la personne à garder le focus sur son objectif, même si peut être tentée de dévier de sa trajectoire.
Comme quoi tous les outils d’intervention sont bons quand on veut vraiment aider quelqu’un! Et vous, quel truc, conventionnel ou pas, avez-vous essayé, qui a fait ses preuves dans votre entourage?
La Criminologue
Est-ce que j’ai peur quand je rencontre un ancien client dans la rue?
Les gens me demandent parfois si je rencontrais un client actuel ou un ancien client dans la rue: est-ce que j’aurais peur?
Au début, je croyais que c’était parce que les gens connaissaient mal mon travail qu’ils me posaient cette question. Et n’ayant pratiquement pas d’expérience, je répondais invariablement par la négative. Il me semble que j’étais tellement pleine de bonnes intentions que tout le monde allait inmanquablement m’aimer, non?
Que j’étais naïve! Par chance, je suis redescendue sur la planète terre rapidement, j’aurais été constamment déçue autrement. Il ne faut pas faire ce métier pour être apprécié, aimé ou reconnu. Trop d’intervenants sortent de leur cadre professionnel ou s’investissent trop personnellement pour ces raisons. Oui, c’est un plus si notre client nous apprécie et vice versa, ça favorise la création du le lien thérapeutique. Mais des passes-droit ou se fermer les yeux sur certains aspects simplement pour continuer à se faire aimer, c’est inacceptable. Et là je ne parle pas d’une petite chance comme “Oui tu es en retard pour notre entretien sans m’avoir avisée au préalable, je laisse passer pour cette fois-ci, mais la prochaine fois il y aura des conséquences”, mais bien de fermer les yeux sur un bris de condition, une augmentation du risque pour le public, une récidive. Si un intervenant en est rendu là, soit il a un besoin malsain de se faire aimer, soit son client est un fin manipulateur pour en avoir fait une telle marionnette.
Pour ma part, je trouve important de développer une alliance thérapeutique avec mes clients. Oui, ça prend du temps à créer un lien et c’est plus facile dans certains cas que dans d’autres. Je suis d’avis que ça prend des efforts des deux côtés et qu’il faut laisser la chance aux deux parties de s’adapter. Mais au bout du compte, ce que je demande, ce n’est pas de m’aimer, de me trouver cool ou qu’on me dise que je suis celle qui les a réconciliés avec la vie. Non, je ne demande que le respect. Ce serait prétentieux de toute manière de penser qu’on puisse avoir un si grand impact dans la vie d’autrui. Certains aiment penser qu’ils ont sauvé leur client, moi j’aime mieux dire que je les ai bien accompagnés pour qu’ils s’aident eux-mêmes. Je vais toujours traiter l’autre ainsi et respecter où il est rendu dans son cheminement. Je donne l’heure juste et je souligne tant les bons que les moins coups. Je suis transparente et il n’y a pas de surprise avec moi. Cependant, je ne m’empêcherai pas d’appliquer les mesures nécessaires à la gestion du risque parce que mon mandat premier n’est pas de me faire aimer, mais d’assurer la protection du public.
Bien évidemment, il a des clients qui n’ont pas du tout apprécié certaines décisions prises dans leur dossier. Mais au fond d’eux, ils savent un peu qu’elles n’ont pas été SI exagérées. Certains reconnaissent que c’est entièrement de leur faute s’ils sont retournés derrière les barreaux, d’autres nous accusent d’avoir été trop sévères.
C’est sûr que ma face ne revient pas à certains tandis que d’autres n’auraient pas voulu une autre intervenante. Même si je tâche d’être respectueuse et authentique, il se peut que certains me vouent une haine insoupçonnée, qui sait. Mais jusqu’à présent, je n’ai pas expérimenté d’expériences de représailles ou de menaces, contrairement à certains confrères. Ce qui est soit dit en passant un phénomène somme toute assez rare.
Il m’arrive à l’occasion de rencontrer des clients sur la rue ou tout autre endroit public. Si je reconnais l’individu, je ne vais généralement pas vers lui par respect pour sa vie privée. On me l’a déjà reproché par le passé, mais quand j’explique que c’est par respect et non en raison d’une attitude de je-m’en-foutisme, je suis pardonnée. D’autres préfèrent faire comme si de rien n’était et c’est bien correct aussi. Certains aiment nous dire fièrement qu’ils nous ont vus, mais qu’ils se sont bien gardés de nous saluer parce qu’ils n’en avaient pas envie. Je les soupçonne d’être un peu déçus de constater que ça ne nous fait ni chaud ni froid, au fond. Des fois, j’entends crier mon nom venant de nulle part et je vois alors un ancien client venir à ma rencontre, tout sourire. Je prends à chaque fois le temps de m’assurer que lui et ses proches se portent bien. On passe parfois plusieurs années à être l’intervenant d’un client, sans avoir développé de l’amitié, c’est normal d’être cordial si on se revoit par hasard dans un autre contexte.
On exerce un métier plus à risque que certains, mais je crois qu’en demeurant respectueux, transparent et intègre, on peut marcher la tête haute et regarder les gens dans les yeux quand nos chemins se croisent.
La Criminologue
Travailler avec des criminels ne signifie pas qu’on approuve leurs crimes (prise 2)
Non, on ne se fout pas des victimes
Ce n’est pas parce qu’on travaille avec des criminels qu’on se balance de leurs victimes. Seulement, nous ne travaillons pas avec elles, nous n’avons pas de contacts avec elles. Cela ne nous empêche pas d’essayer de responsabiliser le délinquant face au tort qu’il a commis à autrui. Nous ne passons pas notre temps à parler des victimes parce qu’il y a notamment un danger de faire du contre-transfert et que le processus de réinsertion sociale comporte d’autres éléments. Cependant, nous abordons le sujet en entretien clinique en tentant d’amener les clients à réaliser l’impact qu’ils ont eu dans la vie des victimes et de leurs proches. Pour ma part, ça ne me gêne pas d’aborder la victimisation et je n’hésite pas à refléter par exemple une attitude de je-m’en-contrefiche par rapport aux victimes. C’est important que les contrevenants réalisent l’impact qu’ils ont eu et qu’ils peuvent avoir sur les autres, ça fait partie du processus de responsabilisation. Ça peut m’arriver de dire: “T’es grand, t’es bâti, t’as pas l’air sympathique. J’ai pas de misère à croire que fâché ou intoxiqué tu fasses peur à quelqu’un. Moi, être la petite caissière où t’as fait ton hold-up, tu m’aurais sûrement traumatisée.” Certains s’en fichent (ça, moi, ça vient me chercher et je n’hésite pas à le dire), d’autres vivent un profond malaise face au mal qu’ils ont causé. C’est parfois plus facile de continuer de nier que les victimes ont vécu un traumatisme: ça fait moins mal, on n’a pas à gérer les émotions négatives qui viennent avec. Il y en a aussi qui participent à des programmes de justice réparatrice où ils reconnaissent le tort causé et où ils tente de réparer, à la victime et à la société, le dit tort.
Chaque délinquant aborde le thème différement et nous tentons d’amener les clients à reconnaître le mal qu’ils ont causé afin d’améliorer leur conscience sociale. Ainsi, en travaillant aussi sur la responsabilisation du justiciable, nous essayons de minimiser les chances de récidive et l’amener à adopter un comportement prosocial à l’avenir. Nous sommes témoins de belles réussites, comme de lamentables échecs..
Ce que je peux dire, en terminant, c’est que la majorité des intervenants qui oeuvrent auprès d’une clientèle judiciarisée est d’accord pour dire que les victimes d’actes criminels n’ont pas assez de place et de reconnaissance dans notre système judiciaire. Même si on travaille avec des criminels, on essaie aussi de travailler pour les victimes.
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