Twitter FaceBook
Home

casier judiciaire

Oct
4
La Criminologue

J’ai la chance d’avoir été élevée par des parents ouverts d’esprit, qui m’ont appris qu’on ne pouvait pas être tous  pareils et qu’on pouvait apprendre beaucoup de ceux qui étaient différents de nous: de culture différente, de religion différente, d’orientation sexuelle différente, etc. Pour moi, même si je ne suis pas parfaite, la tolérance et l’ouverture d’esprit sont présentes chez moi, mais il semble que ce ne soit pas toujours le cas pour d’autres.

J’ai eu à visiter un établissement hospitalier récemment et il était indiqué que les femmes enceintes ne pouvaient exercer de discrimination quant à l’origine ethnique et au sexe de leur médecin traitant. Elles devaient d’ailleurs signer une décharge à cet effet. Toujours à l’hôpital, un viellard s’époumonait qu’il ne voulait pas se faire soigner par “une crisse de négresse” (je vous jure..). Un de mes amis plombiers m’a un jour confié qu’ils ont refusé d’embaucher une femme qui postulait pour l’entreprise pour laquelle il travaillait, tout simplement parce que les dirigeants croyaient qu’elle n’était pas faite assez forte. Pourtant, il paraît qu’elle était charpentée comme une armoire à glace.

Je vais vous poser quelques questions et j’aimerais que vous soyez honnêtes dans vos réponses parce que je le serai aussi. Alors voici:

1) Feriez-vous réparer votre voiture par une mécanicienne?

Même si c’est un domaine majoritairement masculin, je ferais entièrement confiance à une mécanicienne. Au moins, mon volant ne sera pas tout plein de graisse quand je reprendrais possession du véhicule hehe ;-)

2) Inscrireriez-vous votre enfant dans une garderie en milieu familial exploitée par un homme célibataire, sans enfants?

J’ai un peu honte de le dire, mais j’avoue que j’aurais quelques réticences. Non pas que seules les femmes sont en mesure de bien s’occuper d’un enfant, bien au contraire. Peut-être à cause de mon domaine, où les hommes sont plus nombreux à être condamnés pour agression sexuelle sur des mineurs, j’ai tendance à trouver un peu bizarre qu’un homme célibataire, sans enfants de surcroît, décide d’exploiter une garderie. Je ne suis pas en train de dire que tous les hommes sont des pédophiles en puissance; j’ai connu bien des pères qui s’occupaient beaucoup mieux de leurs enfants que leur mère. Ceci dit, je pense que par déformation professionnelle, je choisirais une garderie en milieu familial tenue par une femme.

3) Vous feriez-vous soigner par un médecin d’une autre origine ethnique que la vôtre?

Définitivement. D’ailleurs, tous les médecins spécialistes avec lesquels j’ai fait affaire étaient d’une origine différente de la mienne et cela ne m’a posé aucun problème.

4) Accepteriez-vous que votre banquier gère votre porte-feuille tout en sachant qu’il vient tout juste de terminer l’université?

Je dois avouer que je suis un peu chatouilleuse là-dessus. On m’a donné ma chance quand j’ai terminé mes études, mais c’était évident que je n’avais pas gagné la crédibilité d’une clinicienne d’expérience; cela s’acquiert avec le temps et même encore là, je n’ai pas encore 35 ans de métier dans le corps. On associe souvent inexpérience et incompétence, mais ce n’est pas parce que quelqu’un a peu ou pas d’expérience qu’il est incompétent. Je connais des professionnels qui ont trente ans de métier derrière la cravate avec un niveau d’incompétence difficile à égaler, croyez-moi. J’ai vécu une expérience directement reliée à la question posée: ma conseillèe financière (expérimentée et très douée) a soudainement pris sa retraite, laissant ses clients au bons soins d’une finissante. J’étais quelque peu réticente au début parce que mon dossier était complexe, mais la jeune femme a rapidement su me gagner par son professionalisme et sa connaissance du domaine des finances. Je fais toujours affaire avec elle aujourd’hui et elle ne m’a jamais déçue.

5) Engageriez-vous quelqu’un détenant un casier judiciaire?

Bien sûr, tout dépend du domaine dans lequel vous oeuvrez et la nature de l’infraction vous allez me dire, et c’est normal. J’aurais beaucoup de difficulté à engager quelqu’un qui faisait des holdups dans des dépanneurs si j’en exploitais un moi-même. Pas plus que je serais encline à accepter dans mon équipe de déménageurs quelqu’un ayant commis des introductions par effraction. En fait, c’est surtout si l’infraction commise est liée au domaine d’emploi pour lequel la personne postule qui me pose davantage problème. Ceci dit, à l’inverse, certains anciens toxicomanes avec un passé criminel font d’excellents thérapeutes. Aussi, l’état de la réinsertion sociale est important pour moi: s’agit-il d’un libéré conditionnel ou quelqu’un qui vit depuis plusieurs années en tant que citoyen respectueux des lois?

Et la question qu’on m’a souvent posée dans les derniers mois:

6) Si tu étais aux prises avec des problèmes cardiaques et qu’il pouvait encore exercer, te ferais-tu soigner par Guy Turcotte?

Même si je trouve odieux qu’il ait assassiné ses enfants, je crois que je serais en mesure de discerner le meurtrier du cardiologue. Guy Turcotte était réputé être un excellent cardiologue, professionnel et attentionné, quelques personnes oeuvrant dans le domaine médical me l’ont confirmé. Aussi, il faut prendre en compte qu’il n’a pas enlevé la vie de ses enfants dans un contexte professionnel. Il y a des professionnels parmi ceux qui commettent des délits, qui n’ont parfois aucun lien avec leur champ d’expertise. Je lance des exemples plausibles qui peuvent tous se dérouler dans mon milieu de travail: un libéré conditionnel avec une formation d’infirmier pourrait appliquer les premiers soins à un intervenant ou un autre résident en ayant besoin, un résident oeuvrant comme plombier pourrait nous faire économiser du temps et bien des soucis en réparant un dégât d’eau lui-même. Alors, oui, même si je ne chercherais pas à ce que ce soit lui absolument, je n’aurais pas peur de tomber sur Guy Turcotte advenant que j’éprouve des problèmes cardiaques. Mais bon, on est dans le domaine de la spéculation puisqu’il semble peu probable qu’il ré-exerce un jour la médecine si on se fie à ce qui circule dans les médias.

J’ai hâte de vous entendre là-dessus!

La Criminologue

 

 

La Criminologue
20:15
 
Jun
21
La Criminologue

Je vous demandais dans ce billet si vous entretiendriez une relation de couple avec quelqu’un qui est, ou qui a déjà été en prison. Vous avez été nombreux à vous prononcer et la plupart d’entre vous m’avez répondu que oui, mais que cela dépendait du crime commis.

Mais il y a une catégorie de personnes qui ne devrait jamais avoir à se poser la question et c’est la catégorie des intervenants. Et attention, je ne parle pas d’une relation amoureuse avec un individu ayant fait de la prison il y a vingt ans et qui a obtenu son pardon, mais bien des intervenants avec leur clientèle actuelle. On entend souvent des anecdotes d’intervenants, surtout des intervenantEs, qui sont tombées sous le charme d’un client. J’avoue que j’ai déjà entendu des histoires à la Roméo et Juliette où le couple est encore uni après toutes ces années. Dans ces cas-là, l’intervenant en question, souvent une femme, laisse tomber son emploi pour vivre son histoire d’amour avec celui dont elle est tombée amoureuse. Mais des histoires où on retrouve le mix intervenant/client qui perdurent au fil du temps ne courent pas les rues. Certains peuvent faire miroiter la lune à leur intervenante pour se voir octroyer certains privilèges, certains sont vraiment amoureux. Si ça arrive, je suis toutefois d’avis que l’intervenante ne peut continuer à exercer ses fonctions. Ce n’est tout simplement pas éthique, comment pourrait-elle continuer à être objective et prendre les décisions nécessaires à la protection du public si cela causera préjudice à son chéri? Mentionnons aussi la perte de crédibilité et de confiance de la part de l’employeur. J’ai trouvé certaines femmes courageuses de laisser tomber une carrière florissante pour une histoire d’amour qui ne faisait que commencer et dont le succès était plus qu’incertain. J’en ai aussi trouvé d’autres bien naïves de le faire.

Même si entretenir une relation de couple avec un client est pour moi impensable, loin de moi l’idée de condamner ceux et celles qui ont choisi cette voie. Seulement, il faut y penser à deux fois avant d’actualiser une telle relation; c’est la carrière ou les amours. Et comme tout finit par se savoir et que notre réputation nous suit longtemps, il faut absolument être sûr de sa décision et être prêt à affronter vents et marées pour quelque chose qui risque d’être éphémère. Parce que dans une telle histoire d’amour, la personne qui a le plus à perdre, c’est l’intervenante.

Les pièges de la séduction en intervention et comment les surmonter suivront dans un billet ultérieur.

La Criminologue

La Criminologue
11:30
 
May
26
La Criminologue

Un casier judiciaire, c’est quoi au juste?

Selon Pierre Landreville, titulaire d’un doctorat en criminologie de l’Université de Montréal, il s’agit de la “liste des condamnations pénales, corroborées par les empreintes digitales d’une personne”1.

Saviez-vous que…

… Selon la GRC, près de quatre millions de canadiens détiennent un casier judiciaire, ce qui constitue environ 15% de la population adulte2.

… Un casier judiciaire ne s’efface par comme par magie, même après 30 ans qu’une l’infraction ait été commise. En fait, mis à part dans les cas d’absolution conditionnelle/inconditionnelle, le casier judiciaire peut être supprimé à partir de l’âge de 80 ans si aucun délit n’a été commis lors des dix années précédentes et si l’individu n’est pas déclaré délinquant dangereux 3. Les personnes sentencées à la prison à vie ne bénéficieront jamais d’une suppression de casier judiciaire parce qu’elles seront sous le joug d’un mandat fédéral jusqu’à leur mort.

… Comme je l’avais expliqué ici:

“Un pardon n’efface pas une condamnation, il a pour effet de placer le casier judiciaire à part des autres, notamment au Centre d’information de la police canadienne (CIPC). Par exemple, lorsqu’un employeur effectuera une recherche à savoir si un employé potentiel possède un casier judiciaire, le dossier ayant été masqué n’apparaîtra pas dans sa recherche.”

… Les types d’emploi où des vérifications sont généralement effectuées quant à la possession d’un casier judiciaire sont: le gouvernement fédéral (ne fait pas de discrimination pour les gens ayant obtenus un pardon), domaines des assurances, services de sécurité, les banques, monde de l’enseignement, soins de santé et le bénévolat 4. Selon l’article 18.2 de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec:

“nul de peut congédier, refuser d’embaucher ou autrement pénaliser dans le cadre de son emploi une personne du seul fait qu’elle ait été déclarée coupable d’une infraction pénale ou criminelle, si cette infraction n’a aucun lien avec l’emploi ou si cette personne a obtenu le pardon.”

… Une personne s’étant vu délivrer un pardon ne peut pas affirmer qu’elle ne possède pas de casier judiciaire, elle a été condamnée pour une infraction pénale pour laquelle elle a reçu un pardon.

… Lorsque vous contractez des assurances et que vous détenez un casier judiciaire, il est préférable de le nommer même si on ne vous pose pas la question. Effectivement, les compagnies d’assurances estiment que c’est de la responsabilité de la personne qui désire souscrire à des assurances de divulguer la présence d’un casier judiciaire. Advenant que vous omettiez de le faire, il est possible que la compagnie d’assurance mette un terme à votre contrat si elle apprend la présence de votre casier judiciaire ou refuse de vous indemniser lorsque vous ferez une réclamation sous prétexte d’avoir fait une fausse déclaration au départ. Il est également préférable de déclarer cohabiter avec une personne détenant un casier judiciaire puisque la compagnie d’assurances pourrait refuser de vous indemniser puisque vous hébergez/habitez avec quelqu’un qui représente un facteur de risque important à leurs yeux. Au fil des ans, j’ai constaté à maintes reprises que les gens détenant un casier judiciaire, lorsqu’ils réussissent à souscrire à des assurances, les paient souvent beaucoup plus cher que quelqu’un qui n’en a pas. On peut en conclure que cette tendance est discriminatoire à l’égard des individus judiciarisés, et pourtant, il n’y a aucune étude qui prouve qu’ils réclament davantage aux compagnies d’assurances. L’Association des services de réhabilitation sociale du Québec désire documenter les cas où des personnes avec un casier judiciaire ont été discriminées en ce sens dans l’objectif de recenser les pratiques des compagnies d’assurances. Vous pouvez communiquer avec l’organisme afin de partager votre expérience au communication@asrsq.ca 5

… Les gens détenant un casier judiciaire peuvent voyager à travers le monde, mais le pays de destination a un pouvoir décisionnel absolu sur leur acceptation sur son territoire 6. Vaut mieux se renseigner auprès de l’embassade du pays en question avant d’acheter les billets d’avion.

… Le pardon émis par la Commission des libérations conditionnelles du Canada n’est valide qu’au Canada, il n’est pas reconnu dans les autres pays.

… Même s’il est difficile d’entrer en sol américain lorsqu’on détient un casier judiciaire, c’est tout de même possible puisque les douaniers ont un pouvoir discrétionnaire à ce sujet. Cependant, il est peu probable d’être admis sur le territoire des États-Unis si l’infraction commise était accompagnée de violence et a causé soit des blessures ou la mort, s’il s’agit de crimes de malhonnêteté, si le délit est lié aux stupéfiants, s’il a contrevenu aux bonnes moeurs (ex.: activités de prostitution, proxénétisme) ou si un individu a été condamné à de multiples reprises et que l’ensemble des peines totalise cinq ans et plus de détention 7.

… Il est possible de se voir délivrer un Waiver of inadmissibility, un laisser-passer pour une période fixe permettant de circuler en sol américain même en détenant un casier judiciaire. Cependant, ce sont les douaniers qui ont le dernier mot sur l’accès au territoire américain en vertu notamment du pouvoir discrétionnaire qui leur sont conféré 8.

Détenir un casier judiciaire a des conséquences, tant sur les individus judiciarisés que leur entourage, bien longtemps après que la peine ait été purgée. Il va sans dire qu’il constitue un impact négatif à la réinsertion sociale et à la réhabilitation de par tous les obstables que les personnes judiciarisées trouveront sur leur chemin à cause de la présence d’un casier judiciaire. On retrouve dans le mémoire rédigé par le Comité consultatif clientèle judiciarisée adulte et l’Association des services de réhabilitation sociale du Québec (ASRSQ), intitulé Impacts du casier judiciaire Un fardeau à supporter collectivement, des pistes de solutions qui ne mettent pas pour autant la sécurité du public en danger, ce qui est primordial à mon avis.

Est-ce que vous êtes d’avis que la présence d’un casier judiciaire est un obstacle à la réinsertion sociale ou qu’au contraire, une personne judiciarisée doit en subir les conséquences jusqu’à sa mort? Quelles solutions proposez-vous pour réinsérer adéquatement les gens qui possèdent un casier judiciaire dans la société tout en protégeant la sécurité du public?

La Criminologue

____________________________________________

1. LANDREVILLE, Pierre. Le casier judiciaire: un frein à la réinsertion sociale, Porte Ouverte de l’Association des services de réhabilitation sociale du Québec (ASRSQ), Vol. XVI, no 2, Montréal, automne 2004.
2. Gendarmerie Royale du Canada. Services canadiens d’identification criminelle en temps réel (SCICTR) (En ligne) http://www.rcmp-grc.gc.ca/fs-fd/ccrtis-scictr-fra.htm (consulté le 13 mai 2009).
3. Comité consultatif clientèle judiciarisée adulte et l’Association des services de réhabilitation sociale du Québec (ASRSQ). Mémoire: Impacts du casier judiciaire Un fardeau à supporter collectivement, 2e édition, mars 2010, (En ligne) http://casierjudiciaire.ca/index.php (consulté le 26 mai 2011).
4,5,6,7,8: Idem
La Criminologue
12:31
 
La Criminologue
La Criminologue
Subscribe RSSLa Criminologue
 
La Criminologue
Qui est la Criminologue?

Une femme passionnée d'intervention désirant clarifier certains mythes quant à la profession de criminologue. Elle désire aussi partager des anecdotes du métier et sur le plan personnel aussi. Le plus souvent cocasses, elles permettent d'illustrer quelques exemples de ce qu'un criminologue peut vivre au quotidien et surtout, de démontrer qu'elle ne se prend pas au sérieux!

Pour me joindre: lacriminologue@live.fr

La Criminologue