Je sais, je sais, je n’ai pas écrit d’article depuis une éternité. C’est que, voyez vous, entre les boires et les nuits blanches, j’ai rarement le temps (et la vivacité d’esprit!) d’écrire un article de plus de dix lignes. Heureusement, une routine s’est installée et tout se passe de mieux en mieux; je devrais donc être de plus en plus présente de façon graduelle sur le blogue.
Peut-être que certains d’entre vous êtes au courant, mais depuis plusieurs années les criminologues travaillent à être intégrés au système professionnel québécois. Une pétition a d’ailleurs été créée à cet effet, pétition que je vous invite chaleureusement à signer ici (cela m’a pris 2 minutes).
Merci chers lecteurs et je vous souhaite une merveilleuse journée!
La Criminologue
Comme je l’ai mentionné sur mon compte Twitter récemment, j’effectue des démarches pour actualiser des études de deuxième cycle universitaire en santé mentale. Je dois donc rassembler certains documents pour mon admission au programme, dont un relevé de notes avec le sceau de l’Université de Montréal. Je me promenais donc sur le site, où j’ai bifurqué vers le test Cursus, un outil qui permet de déterminer dans quel programme un futur étudiant devrait se diriger, selon ses intérêts et sa personnalité. J’ai donc pris une quinzaine de minutes pour compléter le test et j’ai été agréablement surprise de constater que selon les réponses, on me proposait les professions de criminologue, agent de libération conditionnelle et agent de probation.
Même après quelques années de pratique, je suis toujours dans le bon domaine, c’est bon signe!
Pour compléter le test vous aussi, cliquez ici.
La Criminologue
Bon, certains se demanderont d’emblée “A-t-il déjà eu sa place au sénat?” ou “Le sénat a-t-il encore sa place dans notre système politique canadien?”, mais ça relève d’autres débats que je ne veux pas aborder ce matin.
A moins de vivre à Tombouctou, tout le monde a eu vent de la déclaration choc du sénateur Pierre-Hughes Boisvenu, qui a affirmé cette semaine, alors qu’il était interrogé sur le projet de loi C-10:
« Moi, je dis toujours, dans le fond, il faudrait que chaque assassin aurait le droit à sa corde dans sa cellule, il décidera de sa vie. »
Le sénateur conservateur se dit contre la peine de mort, mais a proposé de tenir une réflexion quant aux tueurs série, qui n’ont aucune possibilité de réhabilitation. Il a évoqué des arguments de nature économique, donnant l’exemple que les membres de la famille Shafia reconnus coupables de meurtres au premier degré ont coûté près de 10 millions de dollars aux contribuables pour leur procès. J’en comprends qu’il aurait-il fallu les exécuter avant la tenue de leur procès pour s’éviter une telle dépense?? Il est vrai qu’une personne reconnue coupable de meurtre coûtera cher à l’état durant son incarcération d’une durée variant de dix à plus de vingt-cinq, ans, mais rare sont celles qui demeurent détenues jusqu’au trépas. En effet, la plupart des gens purgeant une sentence d’emprisonnement à vie se voient octroyer une libération conditionnelle totale dans la collectivité et ne à noter qu’ils ne sont alors pas entretenus par l’état.
L’argument de la non-réhabilitation devrait également être traité avec prudence. Comment catégoriserions-nous les détenus pour qui la réhabilitation serait jugée impossible? Pour quels types de délits, seulement les meurtres ou les agressions sexuelles? Élargirait-on à tous les délits rencontrant la notion de dommage grave? Saviez-vous que les meurtriers connaissent les taux de récidive parmi les moins élevé? Seraient-ils épargnés en raison de ce pronostic “positif” ou devraient-ils passer sous la guillotine? Cela signifie-t-il que Robert Latimer, qui a tué sa fille gravement malade par compassion, mériterait le même sort que Clifford Olsen, Robert Pickton? Bon, il est vrai que je compare un meurtrier à une seule victime avec des tueurs en série, mais n’en demeure pas moins que ces trois hommes ont enlevé la vie à au moins une autre personne. Lorsqu’on parle d’absence de réhabilitation, on parle nécessairement des délinquants dangereux (on en comptait 351 au Canada, en 2006), qui eux n’ont pas commis de meurtre dois-je le rappeler. Ceux qui se voient attribuer l’étiquette de délinquants dangereux ont commis un ou des délits causant des sévices graves à la victime et ils doivent représenter une menace pour la sécurité physique ou mentale d’autrui. Les délits d’extrême violence et les prédateurs sexuels qui ne démontrent aucun contrôle de leurs pulsions sont ceux qui se font habituellement déclarer délinquant dangereux. Tous les délinquants dangereux purgent alors une peine de détention indéterminée. Ils demeureront incarcérés tant et aussi longtemps qu’ils représentent un risque pour la société. Devraient-ils être exécutés, considérant qu’il soit possible pour eux de se réhabiliter malgré tout? Ils peuvent en effet présenter une demande de libération conditionnelle après sept ans de détention et certains réussissent à l’obtenir puisqu’ils ont démontré que même en étant déclarés délinquant dangereux, ils se sont pris en main et méritent un élargissement dans leur sentence. Il s’agit d’une minorité, je vous l’accorde (en 2006, 18 délinquants sur 351 s’étaient vu octroyer une mise en liberté), mais une minorité qui serait passé sur la chaise électrique si l’absence de réhabilitation était un facteur à considérer dans la mise à mort d’un détenu. Peu d’indices de réhabilitation un jour ne signifie pas absence de réhabilitation toujours. Qui peut prétendre avec certitude être en mesure de savoir qu’un délinquant est irrécupérable, qu’il le sera de façon permanente?
Indiquer que chaque détenu devrait avoir le droit à sa corde peut répondre, selon la criminaliste Véronique Robert et plusieurs spécialistes du droit criminel, à la définition du crime de conseil au suicide, qui est passible d’une peine de 14 ans d’emprisonnement. Une plainte a d’ailleurs été déposée contre le sénateur Boisvenu par Jacques McBrearty, qui s’est rendu jeudi dernier dans les bureaux de la Sûreté du Québec pour déposer une plainte à l’endroit du sénateur en raison de ses paroles, qui selon McBrearty, inciteraient au suicide. A sa défense, le sénateur Boisvenu s’est rétracté publiquement et il est vrai qu’il n’a peut-être pas expliqué, précisé ou nuancé comme il l’aurait voulu sa pensée concernant les criminels jugés irrécupérables. N’en demeure pas moins que ce qui a été dit a été dit, même si ça été de façon maladroite. Je pense spontanément à ceux qui ont perdu un proche parce qu’il s’est suicidé, aux gens aux prises avec des idéations suicidaires. Ces propos sont choquants et irrespectueux à leur endroit.
Je concède que le sénateur a dû traverser des épreuves que bien peu traversent au cours d’une vie: sa fille Julie a été lâchement assassinée par un récidiviste en 2002 et il a perdu son autre fille, Isabelle, dans un accident de la route, en 2005. Cela teinte nécessairement son jugement et je le comprends, il faudrait d’ailleurs avoir un coeur de pierre pour que cela ne soit pas le cas. Le sénateur Boisvenu est un militant des droits des victimes d’acte criminel et il ne ménage pas ses efforts pour qu’elles aient autant de droits et ressources que des délinquants. Je ne le dirai jamais assez: je trouve qu’il s’agit d’une quête admirable et j’espère qu’un jour on atteindra ce but, sincèrement. Toutefois, j’estime, et je ne suis pas la seule, que monsieur Boisvenu n’est pas objectif en ce qui concerne notre système de justice, ce qui en sorte qu’il s’acharne à vouloir que des lois répressives soient votées, qui ne répondent pas toujours à de réelles lacunes et besoins de notre système judiciaire. Par ailleurs, la Société de criminologie du Québec a indiqué via son compte Twitter, en date du 1er février dernier, que le NPD et les libéraux ont demandé le retrait du sénateur Boisvenu du comité sénatorial chargé d’étudier le projet de loi C-10. Projet de loi qui se veut, selon la majorité des spécialistes du domaine judiciaire, basé sur des cas atypiques, de la désinformation et de faux besoins en matière judiciaire. Voici d’ailleurs ce que Mylène Jaccoud, professeure agrégée à l’École de criminologie et chercheure associée au Centre international de criminologie comparée (et qui m’a déjà enseignée la méthodologie qualitative dans le cadre d’un cours préparatoire à la maîtrise), avait à dire à ce propos (plus de détails sur le site des nouvelles de l’Université de Montréal):
Le projet de loi C-10 propose de s’attaquer à un phénomène criminel présenté comme de plus en plus présent et préoccupant dans la société canadienne. Or, les statistiques indiquent que la criminalité est non seulement à la baisse, mais que l’implication des jeunes dans les crimes graves est faible et que le modèle canadien de libération conditionnelle et de réinsertion sociale, modèle de plus en plus reproduit dans le monde, est une réussite. Le projet de loi se veut également une réponse à une demande des citoyens qui seraient inquiets et réclameraient des mesures plus répressives. Or, les études démontrent que, lorsqu’on offre l’occasion aux citoyens de réfléchir sur les questions de justice, ils proposent des peines comparables à celles imposées par les tribunaux et adoptent des attitudes très nuancées qui prônent la réhabilitation plutôt que la répression. Le projet de loi C-10 se veut également une manière de répondre aux attentes et désirs des victimes. Or, l’ensemble de la communauté scientifique s’entend pour dire que les victimes sont satisfaites quand elles sont d’avis que le processus judiciaire a été juste et qu’elles ont été entendues. La durée de la peine a très peu d’effet sur leur satisfaction. Nous déplorons le fait que plusieurs acteurs politiques basent leur argumentation sur des cas atypiques (p. ex. Karla Homolka) qui suscitent la révolte et la peur et non sur des données scientifiques.
Selon vous, le sénateur Boisvenu a-t-il encore sa place au comité sénatorial, au sénat?
La Criminologue

Vous vous souvenez sans doute que j’ai travaillé à la Direction de la protection de la jeunesse entre deux contrats avec une clientèle adulte judiciarisée. Eh bien j’ai croisé par hasard mon ancienne chef de service, qui m’a donné des nouvelles des familles que je suivais alors que j’étais sous sa direction. J’ai été agréablement surprise d’apprendre que dans l’ensemble, tout ce beau monde allait bien et que pour plusieurs familles, la DPJ n’était même plus dans le portrait. Yé!
Elle m’a aussi dit qu’après mon départ, un client l’avait appelée pour formuler une plainte à mon endroit. Je me suis alors demandé ce que j’avais bien pu faire, ou ne pas faire sait-on jamais. Remarquez que je n’étais pas surprise puisque ce client était assez récalcitrant et offrait une collaboration disons.. mitigée. Ma chef de service m’a immédiatement rassurée pour m’expliquer qu’il l’avait contactée pour se plaindre du changement d’intervenant au dossier et qu’il voulait me voir revenir. Semble-t-il qu’il n’a pas tari d’éloges à mon égard et qu’avec moi, il n’avait pas peur de dire les vraies affaires et qu’il s’était habitué à se “faire jouer dans la tête”. Je me souviens d’une rencontre qui semblait annoncer le pire, mais qui s’est finalement terminée dans un état d’émotivité très intense. Je crois que c’est à ce moment qu’il a réalisé que j’étais là pour travailler avec lui et non contre lui.
Même si j’ai réalisé que de travailler avec les enfants n’était pas fait pour moi à ce moment-là de ma vie, je me rends compte que je garde de très beaux souvenirs de cette expérience de travail. Moi qui avais l’impression d’avoir peu d’impact dans la vie de certains clients, cette nouvelle m’a fait changer d’idée.
On exerce un métier où les félicitations sont rares de la part de la clientèle. Mais quand ça passe, ça fait notre journée, notre semaine même!
La Criminologue

Cette semaine, un homme m’a contactée pour demander de lui accorder un pardon puisqu’il a des antédécents judiciaires. Je lui ai alors indiqué que seule la Commission des libérations conditionnelles du Canada détient le pouvoir d’accorder des pardons. Cependant, je lui ai demandé l’autorisation de partager avec vous le courriel qu’il m’a envoyé puisque si les informations qu’il m’a livrées sont véridiques, on peut parler d’un bel exemple de réinsertion sociale. Beaucoup croient, à tort, qu’un criminel demeurera en marge de la société toute sa vie et qu’il vaut mieux jeter la clé pour protéger la société. Mais avec de la volonté et en se dotant des bons outils, il est possible de réintégrer une société pour laquelle l’individu est un acteur positif, tout en demeurant respectueux des lois.
Voici donc la demande de pardon de Michel C., de Québec:
Québec, lundi 30 janvier 2012
Objet : Puis-je obtenir “mon pardon” ?
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Bonjour,
Mon nom est Michel C., j’ai 43 ans ; je suis né le 2 juillet 1968.
En juillet 2003, une beuverie (et ce fut ma dernière) en compagnie d’un ami de l’époque s’est soldée par une accusation d’agression de nature sexuelle contre moi, gestes déplacés posés à l’endroit de la fille de cet ami, laquelle était alors âgée de 14 ans.
Une plainte fut déposée au Service de Police de Québec au début du mois d’août 2003, et on m’a arrêté, puis relâché le même jour.
Néanmoins, en février 2005, le Juge m’a indiqué de ne plus poser de tels gestes (attouchements inappropriés) et il m’a condamné à 50 heures de travaux communautaires. C’était pour moi une première expérience judiciaire et, croyez-moi, j’ai bien frais en mémoire ce bien mauvais souvenir ; lorsqu’on m’a condamné, la Procureur de la Couronne a indiqué au Juge que la jeune fille avec laquelle je m’étais mal comporté était remise de ces émotions et qu’elle n’avait pas eu besoin de soins psychologiques. Cela peut sembler anodin mais j’ai été soulagé d’entendre cette affirmation puisque cette jeune fille était quelqu’un de bien.
Depuis, j’ai eu à vivre en novembre de la même année (2003) le deuil de ma soeur qui fut impliquée dans un bête accident de la route causé par un chauffard ivre. Bref, deux événements qui m’ont éloigné à jamais, je le souhaite, de l’alcool. Ça fera 8 ans en août prochain que je ne consomme plus d’alcool : j’ai vécu ses méfaits en agissant mal auprès d’une jeune fille, et j’ai vu à travers le chauffard ayant fauché la vie de ma soeur jusqu’où l’alcool peut conduire.
J’ai vécu une dépression sévère en guise de conclusion à l’année 2003 qui fut ponctuée par les 2 événements terribles décrits précédemment. J’ai dû cesser de travailler. Cependant, lorsque j’ai retrouvé un peu d’équilibre, jesuis allé compléter un baccalauréat à l’Université Laval, tout en étant “chef” de famille monoparentale.
Je dois poursuivre mon parcours académique en août prochain (2012) en m’inscrivant en Maîtrise, mais cette fois à l’Université de Montréal puisque le programme offert correspond mieux à mon cheminement.
Enfin, parlant de cheminement, j’aimerais vous demander de m’accorder ”mon pardon” ; je serais vraiment soulagé de ne plus avoir à trainer ce boulet et je serais grandement encouragé à la seule pensée de pouvoir me trouver un emploi après mes études.
Croyez-vous cela possible ? Je me suis mal conduit en juillet 2003, ça fait presque 9 ans et on m’a condamné en février 2005, ça fait 7 ans. J’ai une bonne conduite et, avant ce mauvais épisode, je n’avais aucune tache à mon parcours de vie.
Merci de votre attention et pour votre compréhension. Bonne journée !
Sincèrement,
Michel C.
Québec, QC
La Criminologue

En étant maman d’un nouveau-né, les émissions que j’écoute sont pratiquement toujours en rediffusion. C’est donc ce matin que j’ai visionné le deuxième épisode de L’école du crime.
Au terme de cette deuxième émission, je demeure avec l’idée que la narration se veut quelque peu sensationnaliste. Voici deux citations qui renforcent mon opinion à ce propos:
“Mensonge, trahison, violence, homicides et viols encombrent l’esprit, l’exercice [physique] les évacue comme des toxines.”
“Marine, elle, s’adonne au théâtre, loin des cadavres et des corps meurtris ou violés qui encombrent son esprit le reste du temps.”
J’aimerais mentionner que la criminologie n’est pas que l’étude des délits d’extrême violence, comme les meurtres. Les criminologues font également affaire avec des fraudeurs, des trafiquants, des voleurs. En fait, les délits contre les biens constitue la majorité des crimes commis. Seulement, ce ne sont pas ceux-là qui frappent le plus l’imaginaire collectif, qui font le plus “jaser”. Je voudrais également ajouter que non, les cadavres et les corps meurtris n’encombrent pas l’esprit des criminologues à un point tel que nous devons trouver des exutoires pour maintenir notre équilibre mental. Je rappelle que nous ne sommes pas appelés à se rendre sur les scènes de crime et que les corps meurtris et violés ne font pas partie de notre réalité quotidienne. Les délits commis par les délinquants peuvent nous choquer, heurter nos valeurs, mais il ne serait pas normal qu’ils hantent nos pensées jour et nuit. Comment pourrions-nous bien faire notre travail si c’était le cas? Il faut garder une certaine distance émotionnelle et avoir la tête froide pour prendre des décisions rationnelles et faire un travail d’accompagnement et de gestion du risque efficace.
Oui, la criminologie c’est passionnant. Mais je le répète, pour la majorité d’entre nous, ce n’est pas rocambolesque comme dans CSI..
La Criminologue

Depuis peu, une nouvelle série est diffusée sur les ondes d’AddikTV, L’école du crime. Voici la brève description que l’on retrouve sur le site Internet d’AddikTV concernant la série-documentaire:
«L’école du crime» nous propose de vivre des enquêtes vues à travers le regard de 6 étudiants qui étudient en criminologie dans l’une des plus prestigieuses écoles du monde en la matière, l’Université de Montréal.
J’étais enthousiaste à l’idée qu’une série télévisée porte sur l’École de criminologie de l’Université de Montréal, j’attendais donc avec impatience le premier épisode. Au terme de l’émission, j’étais un peu perplexe. En fait, j’ai trouvé génial de partager sur l’univers de la criminologie, mais j’ai trouvé que par moment, on donnait un peu trop dans le sensationnalisme. Deux citations savoureuses ont d’ailleurs attiré mon attention, que voici approximativement:
“Déboussolé par le départ de son frère [en appartement], Maxime se réfugie dans les concours de danse”.
“Avec un meilleur moral et une nouvelle coupe de cheveux réalisée par sa colocataire, Marine est prête à affronter à nouveau le monde sordide du crime”.
Même mon conjoint m’a dit, les yeux pétillants: “Je ne pensais que ton métier était si palpitant!”. Oui, mon métier me passionne, mais ce n’est pas comme dans les films et ce n’est pas romancé non plus. Comme je le répète sans cesse: ce n’est pas comme dans le film Le silence des agneaux, ni comme dans la série Fortier. J’ai eu l’impression que la façon dont les programmes de Criminologie et de Sécurité et études policières étaient présenté, cela avait un petit côté tape à l’oeil. Je prêche évidemment pour ma paroisse et que j’encourage les gens à se diriger dans ce domaine passionnant. Seulement, je crains que certains se forgent une idée erronée des programmes susmentionnés et s’y inscrivent pour être quotidiennement dans l’action et vivre des émotions fortes comme dans les séries policières. Des émotions fortes, oui nous en vivons, mais pas tous les jours de l’année! Et je ne vais pas non plus travailler le matin en me répétant que je vais combattre le “monde sordide du crime”. Oui, par les actions que je pose, j’ose espérer que j’aiderai quelqu’un à demeurer loin du milieu interlope et que contribue à protéger la société. Toutefois, je ne revêt pas mon costume de superhéroïne en lycra avant d’aller travailler le matin. De toute manière, rappelez-vous que je viens d’accoucher, vous ne voulez pas être aux prises avec cette vision d’horreur..!
Coup de chapeau à Maxime, en raison notamment de son travail de recherche auprès des victimes d’actes criminels. Dans le premier épisode, il était appelé à intervenir auprès d’une dame victime de violence conjugale et il était fort mal à l’aise de la questionner quant à la possibilité qu’elle soit aussi victime de violence sexuelle. Je me suis surprise à lui suggérer, à voix haute, des trucs pour qu’il aille au bout de sa question. Que voulez-vous, les fans de hockey vont crier des encouragements ou des insultes dans leur salon, moi c’est plutôt des pistes d’intervention. Mais rassurez-vous, je crie aussi dans mon salon quand j’écoute un match du Canadien. Le plus souvent, ces temps-ci, ce sont des insultes par contre..!
Dernière chose, je vous suggère de consulter les clips web exclusifs de l’épisode 1, où Jean Proulx, le directeur de l’École de criminologie, explique notamment dans quels domaines peuvent travailler les criminologues. Très intéressant. De toute manière, quand Jean Proulx explique quelque chose, c’est toujours intéressant. Je me souviens d’un cours qu’il m’a enseignée: Personnalité criminelle. C’était captivant du début à la fin et en plus, jamais il n’avait besoin de notes manuscrites, cet homme est une vraie encyclopédie.
Et vous, qu’avez-vous pensé de la série L’école du crime jusqu’à maintenant?
La Criminologue

C’est aujourd’hui que Guy Turcotte comparaît à nouveau devant la Commission d’examen des troubles mentaux. D’emblée, il souhaiterait être remis en liberté et poursuivre son suivi psychiatrique en communauté. Il prétend ne pas poser de risque tant pour le public que pour son ex-conjointe, Isabelle Gaston. On peut lire ici qu’il estime mieux se connaître qu’il y a trois ans et qu’il saurait maintenant où aller chercher de l’aide s’il se sentait à nouveau vulnérable. Guy Turcotte aimerait aussi éventuellement pratiquer à nouveau en tant que cardiologue à court-moyen terme.
Comme je l’ai déjà mentionné précédemment, je n’ai jamais rencontré Guy Turcotte, ni ne suis au courant des détails de son dossier. Je me demande quelle décision sera prise au terme de l’audience. Peut-être en saurons-nous davantage quant aux progrès réalisés par l’ex-cardiologue relativement aux facteurs qui ont contribué au passage à l’acte, c’est-à-dire le meurtre de ses enfants. Rappelons qu’en novembre dernier, l’équipe traitante n’avait encore pu déterminer ce qui avait poussé Guy Turcotte à assassiner Anne-Sophie, trois ans, et Olivier, cinq ans. Près de deux mois plus tard, nous ne savons pas encore si cela a été ciblé et le plus important, travaillé par le patient. N’oublions pas qu’une simple remise en question ne suffit pas: Guy Turcotte doit suffisamment avoir travaillé ses facteurs contributifs, ou du moins ils doivent être suffisamment contrôlés, pour que la Commission en vienne à la conclusion qu’il n’est pas dangereux de le remettre en liberté. En deux mois à peine, je crois que c’est prématuré pour se prononcer en faveur d’une éventuelle libération. Effectivement, considérant la nature du délit et l’incertitude qui était encore présente il y a quelques semaines à peine quant aux éléments qui ont poussé Guy Turcotte à enlever la vie à ses enfants (ce qui rend donc impossible le fait d’amorcer un travail clinique et/ou un traitement médical quant à ceux-ci), j’ose me prononcer et je crois qu’il est fort possible qu’il restera encore détenu à l’Institut Philippe Pinel de Montréal pour quelques temps. Remarquez qu’il est tout-à-fait possible que je me trompe compte tenu que je ne suis pas une clinicienne au dossier.
C’est donc à suivre..
La Criminologue

Nous ne le saurons sans doute jamais et n’oublions pas que même mort, il est encore présumé innocent compte tenu qu’il n’a pas été jugé devant juge et jurés.
Pourquoi s’est-il enlevé la vie? Plusieurs raisons peuvent être évoquées: selon le premier avocat à l’avoir conseillé, Me Robert La Haye, Paul Laplante était plongé dans un état de dépression important. Ici, Me La Haye a indiqué que Paul Laplante:
[...] a décidé de se juger lui-même, probablement parce qu’il ne croyait plus au système de justice.
Me Marc Labelle, l’avocat criminaliste qui a représenté Paul Laplante jusqu’à son suicide, a mentionné au journal La Presse que bien que son client paraissait accablé, il était prêt à se battre et avait une défense à présenter. Selon le célèbre avocat, qui a notamment représenté le tueur en série William Fyfe et le présumé tueur en série Angelo Colalillo, Paul Laplante ne semblait pas non plus aux prises avec des idéations suicidaires, du moins il n’en donnait pas l’impression. Par ailleurs, il a été évalué lors de son arrivée au centre de détention et aucun indice de risque de passage à l’acte suicidaire n’avait été décelé à ce moment.
Était-il coupable, mais ne pouvait supporter l’éventualité d’être condamné à la prison à vie? Était-il coupable et avait l’impression que sa vie était finie, qu’elle ne valait maintenant plus la peine d’être vécue? Était-il incapable de vivre avec l’idée que ses enfants le croient coupable du meurtre de leur mère? Était-il innocent, mais plongé dans un sentiment de désespoir, car plusieurs l’avait déjà condamné d’avance pour le meurtre de sa femme? Était-il coupable, mais a décidé de poser un geste d’éclat, de mettre un terme à cette saga judiciaire de façon à exercer une dernière fois son contrôle? A moins qu’il n’ait expliqué la raison de son geste dans les trois lettres qu’il a rédigées avant de se suicider, dont aucune ne serait adressée à ses enfants, nous ne le saurons sans doute jamais. Je n’ai jamais rencontré Paul Laplante, pas plus qu’étudié son dossier. Je ne peux donc pas me prononcer sur la signification du geste qu’il a posé, seules des hypothèses peuvent être évoquées.
Lorsque j’ai appris que cet homme s’était enlevé la vie, j’ai immédiatement eu une pensée pour ses enfants. Ils ont perdu successivement leur frère, leur mère et leur père. Je n’ose même pas imaginer la peine immense qui les accable.. Je tiens à leur offrir mes plus sincères condoléances et je leur souhaite d’un jour retrouver la paix.
Et vous, chers lecteurs, j’aimerais savoir ce que vous en pensez. Que croyez-vous que signifie le suicide de Paul Laplante?
La Criminologue

C’est elle!

Je n’ai pas l’intention de cesser mes activités sur le blogue, mais vous comprendrez qu’un nouveau-né, ça vous laisse bien peu de temps et d’énergie les premiers temps! Néanmoins, je suis toujours disponible pour commenter l’actualité judiciaire et je fais mon tour régulièrement sur mon compte Twitter. J’aurais vraiment aimé commenter le projet de loi C-10, analyser en profondeur le procès Shafia, rédiger un billet sur l’intimidation, mais les fois où je peux prendre plus de 10 minutes consécutives à mon bureau sont rares, voire inexistantes pour le moment. N’ayez crainte, ça reviendra bien assez vite! Bien entendu, je vais tenter d’écrire des articles de temps à autre et je suis même en train de faire des recherches pour trouver des collaborateurs afin d’enrichir le blogue. C’est à suivre.
En terminant, j’aimerais prendre le temps de vous souhaiter, à tous et à toutes, de joyeuses fêtes! Que 2011 soit bonne pour vous et vous apporte tout ce que vous désirez, sincèrement.
La Criminologue


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Qui est la Criminologue?
Une femme passionnée d'intervention désirant clarifier certains mythes quant à la profession de criminologue.
Elle désire aussi partager des anecdotes du métier et sur le plan personnel aussi.
Le plus souvent cocasses, elles permettent d'illustrer quelques exemples de ce qu'un
criminologue peut vivre au quotidien et surtout, de démontrer qu'elle ne se prend pas au sérieux!
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